UBS brise un tabou dans la BFI
Les principaux éléments avaient déjà filtré, mais l’annonce a néanmoins provoqué une onde de choc. UBS, dirigée par Sergio Ermotti (photo), va supprimer près de 10.000 postes d’ici à 2015, sur les 64.000 dans le groupe suisse aujourd’hui. La banque d’investissement, présente surtout à Londres et aux Etats-Unis, en paye le prix fort. UBS Investment Bank (IB) se concentrera désormais sur le conseil, l’analyse financière, les actions, les changes et les métaux précieux. Elle abandonne la quasi-totalité des activités de taux.
«UBS n’opérera plus dans les lignes de métiers qui ne parviennent pas à couvrir leur coût du capital de manière durable ou dans des domaines caractérisés par une grande complexité ou des risques de perte extrême», indique la banque. Le futur régime prudentiel de Bâle 3, auquel le régulateur suisse a ajouté des critères encore plus sévères, pèsera fortement sur les rendements des fonds propres des banques, dès lors contraintes à des arbitrages (plus ou moins) tranchés.
Au sein du front-office, 2.000 postes sont visés. En comptant les fonctions de soutien, les suppressions atteindront le nombre de 5.000 dans le pôle titres. La Grande-Bretagne concentrera un peu plus de la moitié du total des réductions, la Suisse 2.500 et les Etats-Unis à peine moins.
Cette «accélération stratégique» va provoquer donc une attrition des activités de banque d’investissement d’UBS, que cette dernière avait constituée à coups d’acquisitions (SG Warburg, Dillon Read). Aux côtés du métier historique de banque privée, UBS IB constituait le second des deux piliers sur lesquels le groupe a bâti sa croissance au cours des décennies 1990 et 2000. La direction estime que la restructuration lui fera économiser 3,4 milliards de francs suisses sur trois ans, qui s’ajoutent aux 2 milliards annoncés en août 2011. Elle a en outre fixé l’objectif de faire passer le montant des actifs pondérés sous Bâle 3 sous la barre des 200 milliards, contre 301 milliards au 30 septembre dernier.
Reste à connaître l’effet du retrait d’UBS sur l’industrie du fixed income. «L’activité d’UBS sur les taux représente environ 5% des revenus totaux réalisés par les dix premiers acteurs sur ce marché. Le change représente environ 0,5 point de ce pourcentage; reste 4,5% à récupérer. Etant donné les évolutions de parts de marché dans ces activités, Deutsche Bank et Barclays devraient figurer parmi les principaux bénéficiaires du retrait d’UBS», estiment les analystes actions de la Société Générale.
Deutsche Bank, qui publiait également ses comptes hier, a d’ailleurs annoncé qu’elle chercherait à profiter du retrait d’UBS. «Pour nous, en tant que leader sur les marchés à taux fixe, la réduction des capacités est une bonne chose», a déclaré son directeur financier Stefan Krause.
En revanche, «la décision d’UBS devrait mettre la pression sur d’autres acteurs qui n’ont que trop peu de positions de leaders dans les métiers de BFI. L’impact du passage à Bâle 3 devrait pousser à la recherche de taille critique», estiment les analystes d’Oddo Securities. Ces derniers citent en particulier la Société Générale, les banques britanniques hors Barclays, Commerzbank et Natixis. Les analystes de la Société Générale privilégient le Crédit Agricole, RBS et UniCredit.
Plus d'articles du même thème
-
Les gérants affichent toujours un portefeuille offensif
Les actions pèsent encore 50%, tandis que l’obligataire progresse de deux points à 43%. Signe de relative confiance, la poche de cash retombe sur ses plus bas. -
Le forum fintech de l'AMF et de l'ACPR souffle ses dix bougies
En dix ans, les enjeux autour des fintechs ont changé. La tokenisation et l'intelligence artificielle sont sur le devant de la scène. -
Google fait son grand retour dans la compétition aux modèles d’IA de pointe
Google a lancé, jeudi 1er octobre, un nouveau modèle d'IA haut de gamme, Gemini 4 Argon, testé par quelques partenaires de confiance. Avec Anthropic et OpenAI, tous rivalisent sur la puissance de leurs outils d’IA, alors même qu'ils appellent publiquement à la modération.
ETF à la Une
WisdomTree mise sur des ETF à rendement défini
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- CNP Assurances fait un nouveau pas en dehors du réseau de La Banque Postale
- Laura Denis, un air frais souffle sur Bercy
- Le prix du pétrole retombe sous 100 dollars le baril
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
Contenu de nos partenaires
-
Royaume-Uni : le soutien croissant des Britanniques à l’UE peut-il rebattre les cartes du Brexit ?
Plusieurs enquêtes récentes montrent qu’une part importante des Britanniques est désormais favorable à un retour dans l’Union européenne. Alors qu’Andy Burnham envisage ouvertement une nouvelle adhésion, une telle perspective nécessiterait de longues négociations, sans garantie pour Londres de retrouver les dérogations dont il bénéficiait avant le Brexit -
Guerre au Moyen-Orient : à court de missiles, l’Amérique découvre les limites de sa puissance
En sept mois de guerre contre l’Iran, les Etats-Unis ont largement puisé dans leurs stocks d’intercepteurs. Pensé pour protéger les alliés américains au Moyen-Orient, le système THAAD illustre aujourd’hui les difficultés de l’industrie de défense américaine à soutenir, sur la durée, une guerre de haute intensité -
La Fabrique de l'OpinionDénatalité : « Sexualité, couple et projet d’enfant se sont désynchronisés »
Les explications matérielles – logement, précarité, modes de garde – sont importantes mais n'expliquent pas à elles seules la dénatalité qui frappe la France. Spécialiste de la natalité, Hélène Calas explore la récession du couple parental