Tidjane Thiam devra faire du réglage fin chez Credit Suisse
Philipp Hildebrand s’y connaît en matière de stratégie des banques suisses. L’ancien président de la Banque nationale suisse a pu suivre de près le revirement stratégique mené par UBS à partir de 2012. «Je pense que nous verrons quelque chose de similaire avec Credit Suisse les prochains mois – la question des business models a évolué de manière énorme», a déclaré lundi l’ex-banquier central, désormais chez BlackRock, deuxième actionnaire d’UBS.
La prise de fonction officielle de Tidjane Thiam comme directeur général de Credit Suisse ce mercredi, à la place de Brady Dougan, suscite beaucoup d’attentes. En témoigne le bond de 7,7% de l’action le 10 mars, date de l’annonce de sa nomination. Le choix d’un assureur, patron de Prudential, sans passé de banquier, milite a priori pour une réorganisation à la UBS: baisse drastique du capital alloué aux activités de banque d’investissement (BFI) et recentrage sur la gestion de fortune.
Les investisseurs l’attendent. Credit Suisse se paie aujourd’hui 1,2 fois son actif net tangible, soit un tiers de moins qu’UBS, rappellent les analystes de Nomura. En raison de la taille de la BFI, le groupe affiche un ratio de levier plus faible que ses pairs, à 2,6% fin mars sur la base du capital CET1. Les régulateurs suisses publieront d’ici à fin 2015 une exigence minimale que Nomura attend à 3,5%. Pour la plupart des analystes, dès qu’il aura une vision claire sur le futur ratio de levier et sur le coût de ses litiges résiduels, sans doute fin 2015, Credit Suisse devra d’ailleurs lever du capital. Le courtier Berenberg évalue ce besoin à 7,5 milliards de francs.
Tidjane Thiam devra malgré tout faire du réglage fin. Son pôle de gestion de fortune n’est pas aussi gros et rentable que celui d’UBS. «Pour le nouveau directeur général, le défi est de choisir le bon équilibre entre réduire la BFI pour améliorer la rentabilité, le levier et le multiple de valorisation, et garder assez de profits», souligne Jon Peace, chez Nomura. Selon ses calculs, une réduction d’un tiers du bilan de la BFI, couplée à une augmentation de capital de 5 milliards de francs, est faisable, mais elle conduirait à une dilution de 20% du bénéfice par action (BPA) en 2016. L’expérience a toutefois montré qu’une telle annonce pouvait conduire à une appréciation rapide du ratio cours sur bénéfices, et plus que compenser la baisse du BPA. Dans le cas d’UBS, le prix de l’action était passé d’environ 8 fois à 12 fois les bénéfices futurs estimés.
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