Le groupe de notation en crédit crée une fondation pour mettre son actionnariat à l’abri d’une éventuelle mainmise non européenne.
Publié le
Frédérique Garrouste
Le groupe de notation et d’analyse Scope crée une fondation pour conforter sa vocation européenne.
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Crédit European Union
Face à la domination américaine dans la notation financière, les Européens s’inquiètent et cherchent une alternative. Le groupe de notation et d’analyse Scope crée une fondation dont le but explicite est de conforter sa vocation européenne.
«La mise en place d’une fondation a été décidée à la demande de nos investisseurs stratégiques, assureurs et fonds de pension, qui investissent dans le but de construire une agence européenne, explique Guillaume Jolivet, directeur général de Scope Ratings. La fondation a le pouvoir d’empêcher que l’un des deux investisseurs principaux du groupe ne cède ses droits concernant la gestion du groupe à des investisseurs ne défendant pas l’indépendance européenne dans le secteur de la notation financière et extra-financière.»
En effet, le groupe est structuré comme une société en commandite avec une société de gestion, Scope management, conférant aux actionnaires clés, Floriant Schoeller, fondateur, et Stefan Quandt, la haute main sur la stratégie et la gestion du groupe. Les deux dirigeants ont transféré 20% de leurs droits dans la société de gestion à la fondation et en gardent chacun 40%.
La fondation rassemble un bouquet impressionnant de personnalités de la finance, avec, notamment, à son conseil d’administration (Board of Trustee) Gerd Häusler (président), ancien président du conseil d’administration de la Bayerische Landesbank et Simon Fraser (vice-président), ancien chief investment officer (CIO) de Fidelity. En outre, la Fondation dispose d’un comité honorifique où figure, entre autres, Jean-Claude Trichet (France), ex-président de la BCE et ex-gouverneur de la Banque de France, et Horst Köhler, ex-Président allemand.
Régulé par l’Esma depuis 2011, Scope fournit des notations sur tous les segments de dette – souveraine, corporate, bancaire, financements structurés et de projets. «Nos notations sont acceptées par les banques et les assureurs européens mais pas encore par l’investisseur le plus puissant en ce moment : la BCE, qui utilise les quatre agences américaines, Moody’s, S&P, Fitch et DBRS-Morningstar», souligne Guillaume Jolivet. Scope Ratings remplit depuis fin 2018 les conditions d’éligibilité à l’Eurosystème en terme de couverture, mais doit justifier d’un historique de trois ans, ce dont il pourra se prévaloir fin 2021. En outre, face à la montée des prix des notations, Scope met en avant la nécessité pour l’Europe de se doter d’agences locales plus accessibles aux entreprises moyennes, condition de succès du projet d’UMC (Union des marchés de capitaux).
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