Moody’s tient les grandes banques d’investissement dans son viseur
Les banques sont entrées dans une ère de notes de crédit plus basses. Mais si les marchés se sont faits à cette idée depuis plusieurs mois, l’action de Moody’s mercredi soir n’en reste pas moins frappante. L’agence a mis sous surveillance négative 114 établissements en Europe, et s’est par ailleurs penchée sur 17 institutions mondiales. Résultat: BBVA, Credit Suisse, Morgan Stanley et UBS pourraient perdre 3 crans de notation. Une vingtaine d’autres banques risquent 2 crans de notation, dont BNP Paribas, Crédit Agricole SA et Natixis chez les françaises, et Goldman Sachs, Citi et JPMorgan côté américain. La Société Générale serait abaissée d’un seul cran, en compagnie d’Intesa, de RBS et d’ING en Europe.
Les groupes les plus exposés à une dégradation dans les trois mois qui viennent sont ceux qui ont de grosses activités de marché. Moody’s a défini quatre critères pour ces établissements. Un, ils dégagent au moins un milliard de dollars de commissions annuelles en conseil financier et sur le primaire actions et obligations. Deux, leurs revenus de trading dépassent 5 milliards de dollars par an, avec des positions d’au moins 100 milliards. Trois, leur exposition nette aux produits dérivés est supérieure à 25 milliards. Dernier point, leur value-at-risk, indicateur de risque qui mesure la perte maximale probable à 95% sur un jour, dépasse 50 millions.
Les décisions de l’agence n’ont pas provoqué de gros mouvements de marché. «Notons que Moody’s a toujours surnoté le secteur bancaire, et qu’il s’agit d’un ajustement de ses notes par rapport à celles de S&P, relativisent les analystes crédit de Tullett Prebon. Dans le cas d’UniCredit par exemple, le rating de Moody’s est actuellement de A2 versus BBB+ pour S&P par exemple».
D’autres experts sont moins optimistes. «Le problème clé est qu’une portion considérable de dettes subordonnées vont passer en territoire junk, ou seront à la limite de cette catégorie avec une perspective négative, relève Prateek Datta, stratégiste crédit chez RBS. Même si les marchés se sont habitués à ces changements de note ces derniers mois, on ne peut ignorer le cas de vendeurs forcés, certains investisseurs ne pouvant détenir de la dette non-investment grade».
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