L’Opep+ attise les tensions sur le marché de l’or noir
L’Organisation a décidé d’une diminution plus importante que prévu, à 2 millions de barils par jour.
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Fabrice Anselmi
Le contrat Novembre 2022 sur le brut WTI américain a gagné 1,4% à 87,90 dollars le baril.
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Le robinet se ferme. «A la lumière de l’incertitude qui entoure les perspectives de l’économie mondiale et du marché pétrolier», l’Organisation des pays exportateurs et ses alliés (Opep+) se sont mis d’accord mercredi à Vienne pour réduire leur production de 2 millions de barils/jour (mbj) en novembre, au lieu de 1 mbj attendu par le marché.
Il s’agit de la diminution la plus importante depuis la pandémie de covid-19, malgré la pression des Etats-Unis pour une augmentation de l’offre. Cette baisse intervient alors que l’Opep+ avait fini par remonter en septembre sa production à peu près au niveau d’avril 2020. Lors de la pandémie, l’Organisation et ses alliés, emmenés par la Russie, avaient réduit leur offre de 9,7 mbj à partir de mai 2020, puis de 7,7 mbj d’août à décembre 2020, avant de diminuer progressivement les coupes. L’organisation avait ensuite augmenté progressivement son offre, de 350.000 à 450.000 puis 650.000 barils/jour selon les mois jusqu’à fin août dernier (+100.000 en septembre).
La réduction des pompages annoncée mercredi pourrait soutenir les cours du baril, qui restaient jusque-là contenus par les craintes de récession mondiale, le resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis et l’appréciation du dollar. Les prix, qui avaient touché des points bas le 26 septembre, sont remontés après la nouvelle : le contrat Novembre 2022 sur le brut WTI américain gagnait 1,4% à 87,90 dollars/baril, et le contrat Décembre 2022 sur le Brent européen 1,6% à 93,45 dollars/baril.
Retour vers 100 dollars le baril
Les ministres émiratis et saoudiens affirment encore être préoccupés par la récession mondiale et le risque de voir les cours sous 90 dollars/baril. Mais le dossier prend désormais une tournure autant politique que technique. A un mois des élections de mi-mandat aux Etats-Unis (le 8 novembre), l’administration de Joe Biden a fait pression pendant de longues semaines pour éviter une telle décision. La Maison-Blanche s’est déclarée «déçue par une décision de court terme», tout en précisant, comme l’avançaient des économistes de Citi, que les Etats-Unis libéreront en novembre 10 millions de barils de pétrole supplémentaires de sa réserve stratégique (SPR) pour protéger les consommateurs américains comme ils l’ont déjà fait en décembre puis en avril.
Il n’a pas été précisé mercredi si la baisse de production inclurait des réductions volontaires spécifiques de l’Arabie saoudite, ou bien si elle serait assurée proportionnellement par tous les pays représentés - qui ont par ailleurs prolongé l’accord de coopération Opep+ jusqu’à fin 2023. Certains avaient eu du mal à relancer leur production après les coupes de 2020. «Cela peut arranger ceux qui n’arrivaient déjà pas à rejoindre leurs quotas que ceux-ci soient diminués», confirme Xavier Chapard, directeur Recherche et Stratégie chez LBPAM. L’effort pourrait ne concerner que huit pays et une réduction réelle d’environ 900.000 barils par jour par rapport à la production de septembre, indique Bloomberg, ce qui pourrait limiter l’effet sur les prix. Même raisonnement chez Rystad Energy, qui rappelle un retard de 3 mbj sur le plafond de production requis pour août, et que le marché pétrolier devrait rester excédentaire au quatrième trimestre. Ce qui n’empêcherait pas les cours d’approcher à nouveau les 100 dollars/baril.
«La décision éloigne un peu plus l’Arabie saoudite des Etats-Unis, ajoute Xavier Chapard, tout en la rapprochant de la Russie», dont elle s’est abstenue de condamner les actions en Ukraine. Washington souhaitait également une baisse des cours pour priver Moscou des revenus tirés du pétrole. Cette réduction de la production n’est pas non plus une bonne nouvelle pour la zone euro, qui lutte pour que les prix de l'énergie ne s’envolent pas.
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