Le pétrole évolue entre craintes pour la demande et tensions sur l’offre

L’Opep doit annoncer une baisse importante de la production mercredi, bien accueillie par les marchés.
Corentin Chappron
pétrole plateforme de forage pétrolière
Le marché pétrolier risque, à court terme, de faire face à un excès de production.  -  Photo : Statoil/Harald Pettersen

Les marchés du pétrole sont versatiles. Si les craintes pour la demande pesaient sur les cours la semaine dernière, les inquiétudes sur l’offre poussent désormais le pétrole à la hausse. Reuters rapportait lundi que les pays membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole élargie (Opep+) pourraient ainsi diminuer de plus d’un million de barils par jour (mbpj) la production d’or noir. Ce qui constituerait la baisse la plus importante depuis avril 2020.

La décision sera annoncée mercredi, après la réunion des ministres à Vienne, la première réunion physique depuis deux ans. Un mécanisme autorisant les membres à réduire volontairement leur production, en plus des quotas imposés, pourrait aussi être mis en place. Lundi, en fin de journée, le Brent gagnait 3,3%, en réaction à ces informations, à 88 dollars, et le WTI 4,2%, à 82,90 dollars.

Récession

La décision viendrait rééquilibrer un marché qui, à court terme, risque de faire face à un excès de production. La demande mondiale atteignait 99,4 mbpj en août, et l’offre 111,2 mbpj, selon les derniers chiffres de McKinsey. « Les risques de récession mondiale sont importants, mais l’impact sur la demande ne se voit pas encore, rappelle Christopher Dembik, directeur de la recherche macroéconomie chez Saxo Bank. Mais l’Opep se positionne sur les indicateurs avancés et restreint l’offre en anticipation d’une dégradation de la demande ». La décision rassure les marchés, à la baisse depuis début juin. « Il y a, à mon avis, une volonté d’empêcher le Brent de tomber en dessous de 90 dollars par baril, afin de couvrir les dépenses fiscales en hausse dans de nombreux pays producteurs de l’Opep», estime Giovanni Staunovo, stratégiste chez UBS. La décision de l’Opep sera d’autant plus importante que, rappelle Goldman Sachs dans une note, l’élasticité de l’offre de pétrole est faible, en particulier pour les producteurs américains.

L’espace pour agir reste contraint. D’une part, à cause des sanctions ou de sous-investissements, une partie des membres, dont la Russie (qui produit 9,6 mbpj) et le Nigeria (1,2 mbpj), produit bien en dessous de ses quotas de production. Plus de 42 mbpj sont censés être extraits, mais moins de 39 millions le sont réellement. Une coupe dans les quotas de production devra être importante pour avoir un impact sur l’offre. « Une baisse annoncée de 500.000 bpj ne représente en fait qu’une baisse réelle de 150.000 barils, calcule Giovanni Staunovo. Pour une coupe d’un million de barils, la baisse atteindrait 300 à 400.000 barils ». L’essentiel de l’effort serait porté par l’Algérie (qui produit 1 mbpj), l’Irak (4,5 millions), le Koweit (2,8 millions), les Emirats Arabes Unis (3,4 millions) et, surtout, l’Arabie Saoudite (11 millions). Des restrictions importantes devraient donc s’accompagner de coupes volontaires, que seule l’Arabie Saoudite pourrait réaliser.

Erosion

La deuxième inconnue tient, à moyen terme, aux facteurs géopolitiques. D’abord, les Etats-Unis vont continuer à faire pression sur les prix du pétrole, à la fois pour réduire les revenus de la Russie et les prix à la pompe. L’utilisation de la réserve stratégique, qui a atteint son plus bas niveau depuis quarante ans (423 millions de barils) va se poursuivre au moins jusqu’à fin novembre, après les élections de mi-mandat. Ensuite, il est difficile d’anticiper les conséquences des sanctions européennes déployées à partir de début décembre sur la production russe (8,6% de l’offre mondiale). « Les prix n’intègrent pas du tout de retrait important de la Russie. La demande en Asie du Sud-Est et en Inde, le principal pays acheteur de pétrole frappé par des sanctions, va rester forte. Des contrats stratégiques ont également été signés entre la Chine et la Russie en début d’année : le pétrole russe trouvera des débouchés malgré les sanctions européennes », résume Christopher Dembik.

A plus long terme se pose enfin la question de l’impact de ces baisses de production. Dans certains cas, lorsque le champ de pétrole a été trop exploité ou que l’équipement est trop vieux, tout arrêt de l’extraction est définitif. Ce sont surtout les petits producteurs de l’Opep (moins d’un million de bpj) qui sont concernés. « A cela s’ajoutent les craintes à long terme sur la demande : le secteur limite ses dépenses d’investissement de capital et érode sa productivité à terme », conclut Christopher Dembik.

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