L’Inde reste un terrain de chasse difficile pour les acquéreurs étrangers

Le morcellement des décisions et des centres de pouvoir masque le potentiel des transactions liées à l’explosion de la classe moyenne
Yves-Marc Le Réour

Le ralentissement économique et les risques spécifiques liés aux acquisitions en Inde doivent-ils conduire les investisseurs à renoncer à tout projet d’acquisition dans ce pays ? Si une certaine prudence s’impose compte tenu de la complexité du cadre juridique, une telle décision priverait les entreprises étrangères de débouchés d’autant plus intéressants que les cibles disponibles sont relativement rares, selon les participants à un récent débat organisé par Capital Finance et le cabinet de conseil Accuracy.

Le rythme actuel de croissance, de l’ordre de 4 à 5%, est certes deux fois moins élevé que celui qui prévalait sur la période 2002-2011. Mais les 60 millions d’habitants qui constituent actuellement la classe moyenne en Inde devraient être multipliés par six à moyen terme, «ce qui recèle un potentiel significatif pour des transactions dans le secteur des biens de consommation, de la distribution, de la logistique ou de l’énergie», relève Sumit Khosla, associé chez Accuracy Inde.

Bernard Cendrier, directeur fusions-acquisitions de Solvay, estime que les multiples de valorisation des sociétés sont désormais plus raisonnables dans ce pays. Outre la difficulté de trouver des groupes, essentiellement familiaux, prêts à se vendre, le chimiste belge, qui a réalisé deux transactions dans ce pays en trois ans, cite comme principal obstacle «le morcellement des décisions et des centres de pouvoir». La procédure de ‘squeeze out’ étant particulièrement ardue à mettre en œuvre pour une société cotée, l’acquéreur peut de surcroît «être obligé de conserver des actionnaires minoritaires qui refusent de céder leurs titres».

Andreas Loewenstein, directeur de la stratégie et du développement de DCNS, regrette pour sa part «une réglementation surprotectrice pour les entreprises indiennes», surtout dans le secteur de la défense où la prise de participation d’un groupe étranger est actuellement limitée à 26%. S’y ajoute le calibrage délicat des provisions afférentes aux transferts de technologie, en raison d’un ‘turnover’ élevé du personnel.

Si la délocalisation de la législation applicable au contrat d’acquisition, via le droit britannique par exemple, peut résoudre une partie de ces problèmes, la création de relations de confiance avec le cédant, tout au long du processus d’acquisition, sera le meilleur moyen d’obtenir des informations financières historiques plus exhaustives sur la cible.

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