L’euro/dollar a encore du potentiel à la baisse
L’euro/dollar a chuté de -3,6% depuis fin juin, dont -1,4% la semaine dernière à un plus bas symbolique de 1,0991, et poursuivait son mouvement baissier lundi, à 1,0968. Mais cette correction serait à relativiser, car en grande partie due à une appréciation du dollar face à la plupart des monnaies à l’exception des autres devises refuges que sont le yen et le franc suisse. Malgré les tensions commerciales sino-américaines et les attaques du président Donald Trump afin que la Fed intervienne sur ses taux directeurs voire sur le marché des changes, le dollar est resté fort tout l’été, soutenu par une croissance solide (2,3% contre autour de 1% ailleurs) en dépit des craintes de récession.
«Le dollar demeure surévalué et restera fort dans les prochains mois tant que l’activité économique américaine ne montrera pas de signaux probants d’un net ralentissement de l’activité et ce malgré les baisses de taux Fed funds largement attendues en fin d’année (25 pb en septembre et décembre)», estime Nordine Naam, stratégiste changes de Natixis.
Instabilité politique
L’euro a aussi probablement commencé à souffrir de facteurs propres : «La zone euro a peu de perspectives économiques positives, avec notamment la prévision d’une récession technique en Allemagne au troisième trimestre, et souffre d’un contexte politique très difficile : la coalition outre-Rhin pourrait ne pas tenir jusqu’aux prochaines élections (2021), la situation reste instable en Italie et en Espagne, et la menace d’un Brexit dur augmente», rappelle Guillaume Dejean, analyste taux de change chez Western Union Business Solutions, pour qui l’hypothétique annonce d’un programme d’achat d’actifs (QE) par la Banque centrale européenne (BCE), le 12 septembre, serait un nouveau signal négatif, susceptible d’effrayer encore plus les marchés… «La perspective d’un Brexit sans accord devrait aussi peser sur l’euro et favoriser le dollar dans la mesure où cela pèsera sur l’économie européenne», poursuit également Nordine Laam.
Dans un tel environnement, l’euro/dollar pourrait continuer à corriger vers 1,08 d’ici à la fin de l’année, estiment les spécialistes. «La moindre mauvaise nouvelle pourrait accélérer les positions short hebdomadaires qui, au-dessous de 50.000 contrats nets vendeurs selon la CFTC, restent très éloignées des pics observés début mai ou encore fin 2016», note Guillaume Dejean. «En revanche, nous continuons à penser que l’euro se redressera en 2020 sous l’effet d’un dollar plus faible, pénalisé par un ralentissement plus conséquent de l’économie américaine», ajoute Nordine Naam.
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