L'étau se resserre autour du patron de JPMorgan
Jour après jour, l’étau se resserre autour de Jamie Dimon, tout-puissant PDG de JPMorgan. A mesure qu’apparaît l’étendue des dégâts causés par l’équipe du Chief Investment Office (CIO) de la banque, les départs annoncés au sein de son équipe rapprochée pourraient ne plus suffire. D’autant que le titre plonge d’environ 18% depuis la révélation du scandale le 10 mai.
Vendredi, le Wall Street Journal écrivait que les positions prises sur le marché des dérivés de crédit par le trader Bruno Iksil –estimées à une centaine de milliards de dollars– pourraient faire perdre jusqu’à 5 milliards à la banque. Une perte de 2 milliards est déjà avérée, et Jamie Dimon a avoué que la facture gonflerait encore de «un milliard de dollars ou plus».
Une telle inflation renforce les soupçons sur la nature de l’activité du CIO, qui ne devait en principe servir qu’à couvrir les positions des clients. Cette division aurait d’ailleurs, selon le WSJ, rapporté plus de 4 milliards de bénéfices ces trois dernières années –un montant difficile à atteindre sans activité pour compte propre. Dans ces conditions, plaider l’ignorance devient intenable. Le quotidien affirme même que Jamie Dimon a approuvé la stratégie du CIO, mais qu’il n’en contrôlait pas les transactions –provoquant une certaine jalousie de la part de responsables d’autres équipes.
La commission bancaire du Sénat américain a convoqué jeudi dernier le dirigeant, afin qu’il témoigne sous serment dès le mois prochain.
Au-delà des responsabilités des dirigeants de JPMorgan, la perte de trading pose d’autres questions. Le CIO a bâti sa position de 100 milliards de dollars à partir d’un indice de credit default swaps (CDS) peu liquide sans susciter d’alerte, notamment de la part des registres de données, lesquels jouent un rôle déterminant dans le marché des dérivés de gré à gré.
En outre, beaucoup de professionnels de marché s’interrogent sur les conséquences d’une fermeture ou d’un changement de stratégie du CIO sur le marché de la titrisation européen. En effet, l’équipe de JPMorgan était l’acheteur le plus important de produits structurés depuis la timide réouverture de ce marché en 2009. L’exposition de la banque en créances immobilières résidentielles titrisées (RMBS) non-américaines et disponibles à la vente représente 75 milliards de dollars au 31 mars 2012. Elle est surtout composée d’actifs britanniques et néerlandais.
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