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Les trajectoires divergentes mais complémentaires de la transition digitale aux Etats-Unis et en Europe
La transformation digitale des grandes économies mondiales bat son plein. Alors que l’intelligence artificielle et l’automatisation occupent le devant de la scène, la mutation touche l’ensemble du tissu productif, des industries manufacturières aux services. Mais cette révolution ne s’opère pas partout à l’identique: si les Etats-Unis misent sur des investissements massifs, l’Europe se distingue par une dynamique inédite de création d’emplois. Cette divergence est parfaitement illustrée par les trajectoires divergentes du secteur des technologies de l’information et de la communication (TIC) de part et d’autre de l’Atlantique.
Un moteur de croissance des deux côtés de l’Atlantique
Le secteur des TIC regroupe à la fois la fabrication de composants électroniques, d’ordinateurs, d’équipements de communication et la fourniture de services numériques (édition de logiciels, télécommunications, programmation, traitement des données et maintenance).
Depuis 2021, le secteur des TIC s’est imposé comme un levier stratégique de croissance, tant aux États-Unis qu’en Europe. Outre-Atlantique, sa contribution à l’expansion du PIB est significative, de l’ordre de 0,4 point de pourcentage par an. En Europe, il assure près d’un quart de la croissance totale depuis 2021, apportant chaque année environ 0,3 point de pourcentage au produit intérieur brut.
Mais au-delà de cette similitude, la nature de la croissance du secteur diverge, avec une croissance forte en capital dans le secteur des TIC américains et une croissance riche en emplois pour son homologue européen.
Investissement XXL aux Etats-Unis
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : chaque année, les investissements américains dans les TIC avoisinent les 600 milliards de dollars, soit plus de cinq fois les quelque 100 milliards d’euros investis en Europe.
Cette différence se reflète également dans la dynamique de croissance : le volume d’investissement progresse de 22 % l’an dernier an aux Etats-Unis, contre seulement 5 % sur le Vieux Continent.
L’Europe, championne de l’emploi numérique
Contrairement à l’investissement, l’industrie américaine des TIC (production et services confondus) a détruit des emplois salariés depuis son pic de fin 2022, après une forte vague d’embauches post‑pandémie. Les emplois salariés du secteur sont passés de 4,2 millions à leur pic, puis à 3,8 millions en janvier 2026, soit un niveau désormais inférieur à celui d’avant la pandémie. Cela contraste fortement avec le reste de l’économie, qui continue de créer des emplois, même si le rythme s’est nettement ralenti récemment.
A rebours de la trajectoire américaine, la transformation numérique européenne se révèle fortement créatrice d’emplois. Sur les cinq dernières années, le secteur des TIC a généré environ 1,8 million de nouveaux postes en Europe, faisant de lui le premier contributeur net à l’emploi du continent. A l’inverse, aux Etats-Unis, le secteur n’a créé que peu d’emplois additionnels, traduisant une transformation davantage capitalistique.
A lire aussi : L'inflation résiste aux Etats-Unis, la croissance un peu moins
Capital contre travail : des coûts divergents expliquent largement ses différentes trajectoires
Comment expliquer une telle dichotomie ? Plusieurs facteurs sont probablement à l’œuvre, mais l’un des principaux tient sans doute aux différences de coût du capital et du travail. Le coût des fonds propres en Europe est environ 200 points de base plus élevé qu’aux Etats‑Unis, ce qui rend le capital relativement plus cher dans le contexte européen. Nous avons maintes fois répété que le sous-développement et la fragmentation des marchés de capitaux européens sont des facteurs majeurs de cet écart. Une avancée de l’agenda de l’Union des marchés de capitaux / Union de l’épargne et de l’investissement permettrait, à terme, de réduire ce différentiel de coût du capital.
Le travail, à l’inverse, est relativement moins cher en Europe. Des données privées indiquent qu’une heure de travail d’un ingénieur en software informatique en Europe coûte environ deux fois moins cher qu’aux Etats-Unis. Les statistiques officielles vont dans le même sens. Dans l’UE‑27, une heure de travail dans le secteur de l’information‑communication coûte en moyenne 46 €, dont 23 % de charges non salariales, avec de fortes disparités nationales : environ 58 € en Allemagne (dont 20 % de charges), 33 € en Espagne (24 %) et 26 € en Pologne (17 %), selon l’enquête sur le coût de la main‑d’œuvre d’Eurostat. En comparaison, la rémunération totale du secteur des TIC aux Etats-Unis était en moyenne de 46 dollars par heure, dont 30 % reflètent les coûts des avantages non salariaux, selon le Bureau of Labor Statistics des Etats-Unis.
Ces différences en matière de capital, et dans une certaine mesure de coûts de main-d'œuvre, suggèrent que les deux blocs ont des avantages comparatifs distincts, mais potentiellement complémentaires, dans la transition numérique mondiale. Les Etats-Unis sont leaders dans les infrastructures numériques à forte intensité de capital, et l’Europe est un centre majeur pour l’emploi numérique et le capital humain lié aux TIC.
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