Les réassureurs sont appelés à se désengager complètement du charbon
Dans le paysage de la réassurance mondiale, se distinguent les bons élèves et les cancres en matière de désengagement du charbon. C’est ce que révèle une étude publiée aujourd’hui sous l’égide de la campagne Unfriend Coal. «L’urgence climatique en matière de charbon consiste non seulement à fermer les centrales existantes mais aussi à empêcher le développement de nouveaux projets de façon à respecter l’engagement de limitation du réchauffement climatique à 2 degrés Celsius» explique à l’Agefi Lucie Pinson, coordinatrice européenne de Unfriend Coal, selon laquelle «les réassureurs ont clairement un rôle à jouer dans la transition du charbon vers une énergie propre».
Ces dernières années, 17 assureurs mondiaux ont pris des engagements fermes au niveau de leurs investissements dans le charbon tandis que trois assureurs européens ont aussi mis en place des restrictions en matière de souscription, selon Unfriend Coal. Par comparaison, les avancées des réassureurs semblent plus timorées : Swiss Re fait ainsi figure de bon élève. En juillet, l’entreprise s’est illustrée en devenant le premier et seul réassureur à ce jour à ne plus conclure de contrats d’assurance ou de réassurance avec des entreprises exposées à plus de 30% au charbon. A l’inverse, Hannover Re et Berkshire Hathaway n’ont pris aucune initiative et continuent d’assurer tous les risques associés à ce secteur, selon la campagne : «entre ces deux extrêmes, Munich Re et Scor ont adopté des restrictions minimales et continuent d’assurer ou de réassurer des projets qui soutiennent le développement de nouvelles centrales dans le monde», explique la coordinatrice européenne.
Durant l’été, Munich Re a annoncé son intention de cesser d’assurer les centrales au charbon et les mines de charbon individuelles dans les pays industrialisés en soulignant que cette décision allait souffrir d’exceptions «chez les clients actifs ou dans les pays émergents» : «si l’on se base sur la nomenclature de la Banque mondiale en matière de pays industrialisés, seulement 8% des nouvelles centrales à charbon sont prévues dans ces pays, ce qui signifie que Munich Re s’autorise là encore une énorme partie du marché», explique Lucie Pinson. La coordinatrice invite ainsi les réassureurs à passer à la vitesse supérieure. Le timing s’y prête : c’est cette semaine que s’ouvre le Global Climate Action Summit à San Francisco, prélude à une série d’événements sur le climat qui se conclura en décembre par la conférence COP24 à Katowice en Pologne.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse