Les IPO en cours de JDE Peet’s et de Warner Music, pour des capitalisations de plus de 10 milliards, illustrent le début de reprise du marché.
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Olivier Pinaud
Issue de la fusion du torréfacteur néerlandais Jacobs Douwe Egberts et de la chaîne américaine de cafés Peet's, JDE Peet’s compte lever au moins 700 millions d'euros.
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Flickr Liza Lagman Sperl [CC BY NC ND 2.0]
Alors que la crise du Covid-19 avait gelé tous les projets d’IPO, le marché tente une renaissance. Hier, le torréfacteur JDE Peet’s a annoncé sa fourchette indicative de prix pour sa prochaine introduction sur Euronext Amsterdam. Allant de 30 à 32,25 euros par action, elle donne une capitalisation boursière comprise entre 14,9 milliards et 16 milliards d’euros pour l’activité de cafés de JAB Holding. La première cotation est prévue le 3 juin.
La société, issue de la fusion en 2019 du torréfacteur néerlandais Jacobs Douwe Egberts et de la chaîne américaine de cafés Peet’s, compte lever au moins 700 millions d’euros grâce à l'émission de 23,3 millions d’actions nouvelles. L’offre comprendra également 25,8 millions d’actions existantes proposées par les actionnaires actuels, dont JAB Holding et Mondelez International. Le torréfacteur compte utiliser le produit de l'émission d’actions nouvelles pour rembourser une partie de sa dette et renforcer son bilan. Selon les premières indications, le carnet d’ordres serait déjà couvert.
Opérations pilotes
Aux Etats-Unis, un autre poids-lourd s’apprête à entrer sur le marché. Warner Music Group a fixé mardi sa fourchette de prix entre 23 et 26 dollars par action. Au prix le plus élevé, la maison de disques qui édite notamment Ed Sheeran et Bruno Mars pourrait valoir un peu plus de 13 milliards de dollars sur le Nasdaq. L’opération se fera sans augmentation de capital. Les 70 millions d’actions seront vendues par ses actionnaires actuels, dont Access Industries.
Plusieurs opérations pilotes ont déjà eu lieu ces dernières semaines aux Etats-Unis, notamment celle du comparateur d’assurances SelectQuote, pour 360 millions de dollars, ou celle du groupe chinois de cloud computing Kingsoft, pour 510 millions de dollars, plus grosse IPO (initial public offering) à ce stade depuis la crise du Covid-19. Une dizaine de Spac (special-purpose acquisition companies), des sociétés spécialement créées pour lever de l’argent en bourse en vue de faire des acquisitions, ont également sollicité les investisseurs ces dernières semaines, avec l’optique de profiter des bonnes affaires créées par la crise. En Allemagne, le groupe de logiciels Exasol a également fait une entrée en Bourse remarquée en début de semaine, avec un cours qui a bondi de près de 50% en deux jours.
«La volatilité est retombée (sous les 31 hier soir pour le Vix, NDLR), les indices ont rebondi, mais surtout les marchés se sont stabilisés et les investisseurs sont à l’écoute. Ce dernier élément est crucial pour pouvoir conduire une introduction en bourse dans de bonnes conditions», avance Eric Arnould, responsable mondial du marché primaire actions chez Natixis, pour expliquer ce début de reprise.
Dans les starting-blocks
Des mesures de précaution comme « le raccourcissement de moitié du temps de placement de l’IPO, de deux à une semaine, ainsi que l’engagement dès le lancement de plusieurs investisseurs à souscrire dans l’opération sont des facteurs qui permettent de sécuriser ce type de transactions », explique Alexis Le Touzé, responsable des activités equity capital market pour la France chez BNP Paribas, l’un des trois coordinateurs globaux de l’IPO de JDE Peet’s.
Si les deux IPO d’envergure de Warner et de JDE Peet’s sont couronnées de succès, le rythme pourrait s’accélérer. Le distributeur Albertsons ou le groupe de véhicules d’occasion Vroom sont déjà dans les starting-blocks. «Le dynamisme des augmentations de capital, des émissions d’obligations convertibles et maintenant des introductions en bourse montre que les marchés reviennent à la normale. Les investisseurs, y compris les Français, sont prêts à se projeter sur de nouveaux dossiers, à condition que ceux-ci offrent une visibilité à moyen terme, comme la technologie, les logiciels ou les énergies renouvelables par exemple», poursuit Eric Arnould. La reprise sera toutefois progressive, tempère Alexis Le Touzé : « Une introduction en Bourse demande un temps de préparation de quelques mois et les entreprises ont besoin d’élaborer des prévisions d’activité à moyen terme avant de se présenter aux investisseurs.»
Tout n’est d’ailleurs pas revenu à la normale. Les réunions de présentation des entreprises sont organisées exclusivement par vidéo-conférence. De même, les cérémonies de la cloche, qui marque la première cotation, sont encore virtuelles. Cela pourrait ouvrir «une nouvelle ère», pour ce marché, veut croire Eric Arnould, en «permettant encore d’élargir l’audience et de multiplier les interactions avec les investisseurs dans une période courte».
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