Les espoirs d’accord sur le Brexit et sur le commerce ont ravivé les taux longs
Les taux longs ont rebondi dans la zone euro de façon spectaculaire au cours des deux dernières semaines. Depuis les plus bas de fin août, le Bund reprend même 35 points de base à -0,37% et l’OAT 10 ans 37 pb, à -0,07%. Ce dernier était même proche de revenir en territoire positif en début de semaine, à -0,04%. La totalité des courbes allemande et française n’est plus en négatif. Résultat, le stock de dette mondiale à taux négatif a reculé à 13.000 milliards de dollars contre 17.000 milliards au plus haut fin août.
«Cette évolution montre la barrière psychologique forte que représentent les taux négatifs pour les investisseurs, souligne Vincent Juvyns, stratégiste chez JPMorgan AM. Bien sûr, ils achètent ces obligations pour se protéger, notamment contre le risque d’un fort ralentissement de la croissance mondiale, comme en août, mais il y a une limite quand les taux sont très négatifs». Dans cette configuration, les obligations protègent-elles vraiment ? Non car le risque devient très asymétrique. «Quand les taux sont très négatifs, il y plus à perdre, en cas de hausse même minime des taux, qu’à gagner, le potentiel de baisse étant limité», poursuit le stratégiste. La forte volatilité sur les taux des deux dernières semaines est d’autant plus gênante qu’il n’y a aucun portage pour l’amortir. Avec la remontée des taux, certains investisseurs ont souffert car les pertes vont vite.
«Le déclencheur de cette hausse est le regain d’optimisme sur le Brexit et un accord entre la Chine et les Etats-Unis», affirme Vincent Juvyns pour qui l’intensité du stimulus monétaire a aussi probablement atteint son pic. Mais cette hausse des taux se justifie-t-elle alors que les risques sur la croissance perdurent ? Les perspectives de croissance mais aussi d’inflation ont été nettement revues en baisse depuis le début de l’année. La publication demain des indices PMI flash manufacturiers pour octobre pourraient encore confirmer cette dégradation. Les banques centrales ont de nouveau assoupli leurs politiques monétaires pour y faire face. La BCE, qui se réunit demain pour la dernière fois sous la présidence de Mario Draghi, confirmera son biais accommodant mais aucune nouvelle mesure n’est attendue. La Fed devrait quant à elle abaisser pour la troisième fois le taux des Fed funds fin octobre. «Vu sous cet angle, la remontée récente des taux longs semble bien difficile à justifier», note Véronique Riches-Flores, économiste chez RF Research qui la qualifie d’épidermique et de peu durable.
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