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Les convertibles, un levier clé pour financer l’innovation
L’accélération spectaculaire de l’IA générative, l’essor des centres de données haute densité et la remise en question des modèles SaaS rappellent que chaque révolution technologique impose immédiatement une tension sur le financement.
Cette vague d’investissements massifs, comparable à celle des chemins de fer au 19e siècle ou de l’Internet des années 1990, intervient au moment où les obligations convertibles connaissent leur plus haut niveau d’émissions historique avec 167 milliards de dollars levés en 2025. Une dynamique largement alimentée par l’IA : les entreprises liées à ce secteur ont contribué à environ 40% de la performance des indices convertibles l’an dernier. La convergence entre besoins de capex sans précédent et quête de financement flexible crée un terrain inédit où les convertibles ont une place stratégique.
Au 19e siècle, les compagnies de chemin de fer émettaient des obligations convertibles – c’est-à-dire des titres de créances pouvant être transformés en actions à l’échéance pour supporter des dépenses colossales. Les convertibles leur permettaient de lever du capital à un coût inférieur à celui de la dette classique tout en évitant une dilution immédiate, un avantage crucial dans des secteurs encore en phase d’investissement intensif.
Un siècle plus tard, au pic de l’Internet en 2001, les émissions mondiales ont dépassé 165 milliards de dollars, permettant à des acteurs comme Vodafone ou Amazon de financer l’expansion fulgurante de réseaux et d’infrastructures numériques. Plus récemment, après la pandémie, des sociétés SaaS telles que Palo Alto, Okta, ou Zscaler ont financé leur transition vers les modèles d’abonnement via des émissions assorties de coupons extrêmement faibles, soutenues par des valorisations élevées et une volatilité action attractive.
L’histoire montre également que la convertible joue un rôle stabilisateur lors des phases de tension comme lors du krach de 1873 ou de l’éclatement de la bulle Internet. KPN ou Nortel ont utilisé la conversion pour alléger leur endettement, prolonger leurs maturités et préserver leurs liquidités, démontrant la capacité de la convertible à accompagner un cycle complet : croissance rapide, choc puis restructuration.
A lire aussi : Les obligations convertibles ont joué leur rôle d’amortisseur
Le cycle actuel en apporte une illustration particulièrement parlante. Au premier trimestre 2026, les émissions mondiales de convertibles ont déjà atteint environ 53 milliards de dollars, un rythme qui, annualisé, porterait le volume au‑delà de 200 milliards, soit près de 25 % de plus qu’en 2025. Cette accélération se concentre très largement dans l’écosystème des data centers et des infrastructures de calcul haute performance (HPC), devenus le cœur financier de la course à l’IA, comme en attestent les opérations récentes d’Oracle (5 milliards de dollars), de Nebius (4 milliards) ou encore de CoreWeave (4 milliards début avril).
Risque de baisse limité
Dans ce contexte, des acteurs comme IREN, Core Scientific ou Terawulf recourent massivement aux convertibles pour financer leur pivot vers le HPC à des coupons proches de zéro. Dans le hardware, Seagate ou Western Digital utilisent cet instrument pour renforcer leurs capacités de production, tandis que certains hyperscalers, à l’image d’Oracle, pourraient diversifier leurs sources de financement à mesure que leurs dépenses d’infrastructure atteignent des niveaux historiques.
Les obligations convertibles pourraient s’imposer comme l’un des baromètres financiers majeurs des prochaines années
Pour l’investisseur, cette résurgence n’est pas un hasard : elle offre un positionnement discipliné dans un marché marqué par une forte dispersion entre gagnants et perdants technologiques. Leur structure hybride permet de combiner la stabilité relative d’un support obligataire avec la possibilité de participer à la création de valeur des entreprises les plus innovantes. En 2025, l’indice FTSE Global Convertibles a ainsi progressé de 21%, une performance comparable à celle des grands indices actions tout en offrant un risque de baisse nettement plus limité. Cette asymétrie (protection en cas de repli, participation lors des phases haussières) fournit une manière mesurée de participer à l’innovation (IA, cloud, cybersécurité, semi‑conducteurs) tout en préservant le capital lors des phases de tension, ce qui en fait un outil particulièrement adapté à la volatilité actuelle.
Des chemins de fer à l’IA, des réseaux transcontinentaux aux clusters HPC, chaque révolution technologique a confirmé l’utilité des obligations convertibles pour financer son expansion. Alors que les besoins de capital s’intensifient dans l’IA, la robotique, les technologies de défense, l’informatique quantique ou les biotechnologies, cet instrument pourrait s’imposer comme l’un des baromètres financiers majeurs des prochaines années, un instrument à la fois ancien et étonnamment moderne, à la croisée de l’innovation et du pragmatisme financier.
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