Les banques internationales se tiennent à distance du risque Evergrande
Les inquiétudes sur le risque de contagion d’un défaut du groupe d’immobilier s’amenuisent. Mais le problème reste entier pour la Chine.
Publié le
Xavier Diaz et Franck Joselin
Le promoteur chinois en difficulté Evergrande ne dispose plus que de 30 jours avant d'être déclaré en défaut.
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Bloomberg
Le compte à rebours a démarré pour China Evergrande. Le non-paiement jeudi 23 septembre des 83,5 millions de dollars du coupon de 8,25% de l’obligation arrivant à échéance en mars 2022, confirmé par certains détenteurs de ces titres mais pas par la société, a ouvert une période de 30 jours (période de grâce) au terme de laquelle le promoteur immobilier sera déclaré en défaut s’il ne paye pas ces intérêts. Plusieurs autres échéances de coupons sur des obligations en dollars tombent ces prochaines semaines.
Les investisseurs s’attendaient à ce qu’Evergrande ne respecte pas cette échéance. Les obligations en dollar émises par le groupe traitent sous 30% du nominal, un niveau de décote qui intègre déjà un défaut. Pékin, qui veut casser le mythe du «too big to fail» et l’idée qu’il sera toujours là pour venir au secours des entreprises en difficulté, semble vouloir faire d’Evergrande un exemple, au détriment des détenteurs d’obligations offshore : les gérants d’actifs Ashmore et BlackRock sont les plus importants, selon un décompte de Bloomberg.
La priorité du gouvernement chinois est la stabilité financière du pays. La banque centrale chinoise (PBoC) a injecté 460 milliards de yuans (71 milliards de dollars) en une semaine. L’autre priorité de Pékin est la stabilité sociale, ce qui commence par l’achèvement des logements déjà vendus par Evergrande alors qu’une grande partie des chantiers seraient à l’arrêt. Les autorités ont lancé une revue des comptes d’Evergrande pour s’assurer que le groupe dispose des moyens pour livrer les plus de 1 million de biens en cours de construction.
Les dettes d’Evergrande contractées auprès des banques, dont la plupart concernent des banques chinoises, ne seraient pas non plus systémiques. JPMorgan estime à 400 milliards de yuans le montant des prêts bancaires, principalement auprès de banques locales, soit 0,22% du montant total des prêts bancaires en Chine. Misheng Bank est la principale avec 29,3 milliards, soit 0,8% de ses prêts, sur plus de 100 banques, selon un rapport du groupe au premier semestre 2020.
Le montant des provisions pour pertes sur les crédits des banques chinoises s’élève à 3,39% des prêts. En prenant l’hypothèse d’un taux de défaut de 10% dans la promotion immobilière et la construction, le ratio de créances douteuses augmenterait de 50 points de base (93 pb brut), selon JPMorgan pour qui le risque pour le système financier et de dépréciation massive par les banques serait limité.
Cela pourrait néanmoins avoir un impact non négligeable sur les comptes et les ratios des banques locales les plus exposées. De même, si elles ont réduit leurs prêts au secteur immobilier ces derniers mois (+3% au 30 juin sur un an, contre 12% pour l’ensemble des secteurs), les promoteurs comptent pour 7% de l’ensemble des prêts et 41% de l’ensemble des crédits bancaires (y compris les prêts hypothécaires) sont garantis par des biens immobiliers.
Un risque jugé faible à l’international
Le fait que le risque supporté par le secteur financier reste principalement cantonné aux banques chinoises est par ailleurs corroboré par plusieurs déclarations de dirigeants de banques occidentales, par les bases de données ou des notes d’analystes. Même s’il demeure difficile d’évaluer précisément l’exposition des institutions financières non chinoises, elle semble n’être que subsidiaire. En Europe, les analystes de CreditSights considèrent, sans être alarmistes, que « HSBC et Standard Chartered seront potentiellement les plus touchées par les développements d’Evergrande et d’autres promoteurs immobiliers chinois et/ou par les retombées plus larges sur les marchés asiatiques ». Une analyse partagée par la recherche de JPMorgan.
Ce ne sont pas les expositions directes que les bureaux d’analyse redoutent. Si les données de Bloomberg indiquent une exposition de HSBC à Evergrande d’environ 200 millions de dollars, « nous pensons que cela relève du secteur de la gestion d’actifs, et cela semble gérable », relève CreditSights. Mais les analystes estiment que la déroute d’Evergrande pourrait avoir des répercussions indirectes sur d’autres noms que HSBC compte en portefeuille, même si près de 70% des lignes obligataires qu’il détient sur la zone se situent en catégorie investiment grade. Ces titres de meilleure qualité n’ont été que peu touchés.
Standard Chartered, de son côté, réfute toute exposition directe ou indirecte au promoteur. Mais là encore, ce sont aussi les secousses générales de marché dans la région qui pourraient avoir des conséquences. « Hong Kong et la Chine ont représenté 32% du chiffre d’affaires de Standard Chartered et 42% du résultat avant impôt ajusté au premier semestre 2021, et au total l’Asie a représenté 83% du résultat avant impôt », précise la recherche de CreditSights.
Credit Suisse a aussi déclaré n’avoir aucune exposition directe ou indirecte à Evergrande. Même chose pour UBS, dont le directeur Ralph Hamers a déclaré dans une conférence de presse que l’exposition de sa banque restait « insignifiante ».
Du côté des banques françaises, l’exposition apparaît aussi nulle ou marginale. Les données de Bloomberg indiquent que BNP Paribas détiendrait seulement 40 millions d’euros de titres Evergrande, mais, encore une fois, il peut s’agir de la gestion d’actifs. Les autres banques françaises, au même titre que les banques américaines, n’apparaissent pas dans la liste des détenteurs.
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