Les agences de notation divergent dans leur appréciation de BBVA et de Santander

Santander ayant moins de 40% de ses actifs en Espagne, S&P considère qu’elle bénéficie de sa diversification. Un effet à double tranchant
Antoine Landrot

La dégradation de la note de l’Espagne dernièrement a conduit Fitch et Standard & Poor’s à procéder de même avec ses banques. Mais Santander et BBVA ne subissent pas tout-à-fait le même traitement.

S&P a accordé à Santander un cran de plus qu’à celle de sa rivale (A+ contre A), laquelle s’aligne sur la note de l’Espagne. «Cela s’explique par la diversification géographique importante de Santander […], ainsi que sa solidité financière, qui lui procure la souplesse nécessaire pour absorber le choc consécutif à un hypothétique défaut de l’Espagne sur sa dette souveraine», indique l’agence.

L’argument n’est pas suffisant pour Fitch, qui attribue aux deux établissements la même note qu’à l’Espagne (A). «Les filiales de Santander [à l’étranger] n’atténuent pas suffisamment les contraintes que fait peser son marché national. […] Les exigences des régulateurs locaux limitent la libre circulation du capital et de la liquidité au sein des groupes bancaires, particulièrement d’un pays à l’autre», précise Fitch.

L’analyse des deux établissements à l’aune de leur exposition à l’Espagne se révèle ambiguë. D’un côté, ce marché pèse relativement moins pour Santander que pour BBVA: il représente un tiers du portefeuille de crédits et 27% des actifs de la première, contre 60% et 50% pour la seconde. De l’autre, Santander est en valeur nettement plus exposé aux crédits à la promotion immobilière, cœur de la réforme du système bancaire espagnol: le montant de ses encours atteignait 23,4 milliards d’euros fin décembre, contre 14,2 milliards chez BBVA. En outre, «BBVA a fait preuve d’une grande transparence vis-à-vis de son exposition aux créancesproblématiques. Ce n’est pas le cas du réseau Santander, dont la part de créances douteuses a par ailleurs fortement progressé, passant de 5,52% en 2010 à 8,57% en 2011», souligne Frédéric Teschner, analyste chez Natixis.

Enfin, la diversification de Santander est à double tranchant. A force d’acquisitions, le groupe est vulnérable à une récession au Royaume-Uni. Ce marché représente en effet 33% de ses encours de crédit.

La distinction entre Santander et BBVA semble donc pour l’instant abusive. Mais «la question pourrait se poser si la note de l’Espagne était dégradée en catégorie BBB, ce qui amènerait mécaniquement de nombreux gérants à modifier leur allocation», remarque Frédéric Teschner. Dans ce cas, l’exposition au risque souverain espagnol serait déterminante.

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