L’épargnant, le chaînon manquant
A chaque étape de la construction européenne, l’impulsion est venue d’en haut. L’Union des marchés de capitaux, projet au long cours qui fait écho à l’une des quatre libertés fondamentales du marché unique – la libre circulation des capitaux –, ne déroge pas à la règle. La Commission européenne l’a relancée en 2015 avec tout le soin et le systématisme que l’on reconnaît aux techniciens de Bruxelles (lire notre Dossier). Dix-neuf objectifs et trente-trois mesures concrètes, complétés l’été dernier par neuf actions prioritaires, disent à la fois toute l’ambition et la limite de la démarche. Les consultations et les groupes d’experts se multiplient, mais les réalisations sont encore chiches : une directive modernisée sur les prospectus et un nouveau paquet législatif pour la titrisation dont les professionnels doutent qu’il puisse tirer le secteur de sa léthargie. Si de nombreux chantiers sont ouverts, on reste loin de la belle idée d’un marché financier européen intégré qui permettrait une meilleure allocation des ressources au bénéfice de l’économie.
L’Union des marchés de capitaux se distingue en effet de ses deux illustres devancières, monétaire et bancaire, en ce qu’elle ne saurait faire reposer le poids de l’édifice sur les seules institutions communautaires. Sa solidité et sa mise en œuvre dépendent du bon vouloir de l’Europe « d’en bas », celle des épargnants, des émetteurs et des intermédiaires financiers. Dans ce triptyque, les premiers apparaissent encore comme le parent pauvre des réflexions de la Commission, si l’on excepte l’hypothétique plan de retraite paneuropéen. Pourtant, la préférence bien connue des particuliers pour les placements liquides et sécurisés, conjuguée à un biais prononcé en faveur de l’investissement domestique, explique en bonne partie la fragmentation des marchés sur le Vieux Continent et la force de l’intermédiation bancaire par rapport aux Etats-Unis.
Faire revenir ces épargnants vers l’investissement en actions serait l’une des clés du succès du projet européen. Mais comment les y inciter et les convaincre de l’intérêt de la démarche après trois krachs boursiers en vingt ans ? Les simples injonctions venues d’en haut à financer les PME risquent fort de tomber à plat. La France, où la bonne allocation de l’épargne n’est pensée qu’à coups de carotte fiscale, ou de bâton, représente de ce point de vue un cas d’école. En témoignent les vicissitudes du contrat d’assurance-vie en euros, dont la détention longue a perdu de son intérêt avec la mise en place du prélèvement forfaitaire unique ; en témoigne, aussi, le dialogue de sourds qui s’est engagé entre la majorité présidentielle et les banques, naturellement réticentes à transformer le déposant en investisseur direct dans les start-up. Multipliées par vingt-sept, ces contradictions constituent un puissant frein à une meilleure circulation des capitaux en Europe. La France aura cependant dans les mois qui viennent, avec la loi Pacte et la réforme des retraites, l’occasion de remettre l’épargnant au cœur du débat. A elle de ne pas rater ce rendez-vous essentiel.
Plus d'articles du même thème
-
MSCI donne un sursis à l’Indonésie
Le fournisseur d’indices a reporté sa décision de déclassement en marché frontière de la première économie d’Asie du Sud-Est à novembre, dans l’attente d’évaluer les mesures prises par Jakarta. MSCI a par ailleurs décidé d’accorder le statut de marché frontière à la Bulgarie et laisse la Corée du Sud chez les émergents. -
Les banques et les acteurs crypto lorgnent les clients européens de Binance
Faute d'agrément MiCA, Binance doit suspendre ses services en Europe. Kraken devrait reprendre la majorité de ses parts de marché. Mais d'autres acteurs, plateformes crypto et banques confondues, espèrent que les cartes seront rebattues. -
La correction sur la tech s’amplifie
Le Nasdaq a poursuivi sa baisse mardi tandis que la Bourse de Séoul a chuté de 10%, affectée par les ventes massives des particuliers qui investissent avec du levier.
ETF à la Une
BNPP AM franchit une nouvelle étape dans sa conquête des ETF actifs
- «Les anticipations de résultats sur le S&P 500 laissent entrevoir un potentiel de surprises positives»
- Première bougie pour Antonio Filosa chez Stellantis, mais l’étincelle reste à venir
- Alphabet entre dans l’indice Dow Jones, un symbole plus qu’une reconnaissance
- L’environnement de marché est moins favorable à l’or
- Maisons du Monde s’apprête à passer sous le contrôle de deux fonds britanniques
Contenu de nos partenaires
-
Italie, Allemagne et Portugal : comment se débrouillent nos voisins face à la dette ?
Alors que la dette de la France atteint des sommets, la Cour des comptes a consacré un chapitre de son dernier rapport à la manière dont l'Italie, le Portugal et l'Allemagne ont récemment consolidé leurs finances publiques -
InsoucianceComment le piège de la dette se referme sur la France
Le risque de l'étouffement par surendettement menace désormais le pays. En quelques années, le discours des économistes s'est radicalement retourné sous l'effet de la remontée en flèche des taux d'intérêt. Trop tard ? -
Nouvelle réalitéLes pays du Golfe tentent l'apaisement avec Téhéran
L'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis ou encore le Qatar multiplient les initiatives pour restaurer les liens avec leur rival iranien