L’endettement corporate exacerbe les vulnérabilités économiques
Après trois mois d’activité sans relâche, le marché primaire du crédit en euro frise l’indigestion. La semaine passée a enregistré le plus faible montant d’émissions depuis la reprise du marché fin mars avec un peu moins de 12 milliards d’euros émis. Le marché high yield (HY) a été particulièrement difficile avec notamment la prolongation de l’offre de dette en euro et dollar d’AMS qui ne proposait plus hier que la tranche en euro (l’opération n’était pas encore finalisée). La poursuite de la pandémie de coronavirus, notamment aux Etats-Unis, a réveillé l’aversion des investisseurs pour le risque. Le Fonds monétaire international (FMI) a, pour sa part, prévenu du risque d’une nouvelle correction vu la déconnexion entre les marchés financiers et l’évolution de l’économie.
Le FMI a également alerté, lors de la mise à jour de son rapport de stabilité financière, sur les facteurs de vulnérabilité préexistants exacerbés par la pandémie, dont l’endettement des entreprises, qui atteint des niveaux records par rapport au PIB avec un risque de solvabilité accentué. Il atteignait 20.600 milliards de dollars pour les entreprises et les institutions financières notées par S&P dans le monde à fin mars dernier. Le montant de dette des entreprises non financières (obligations, loans…) s’élevait à 13.246 milliards, dont 4.295 milliards de dette HY. Ce segment a nettement crû en raison du passage de gros émetteurs de la catégorie investment grade à HY (fallen angels). «Alors que le rythme des émissions s’est accentué après mars, d’aucuns s’interrogent sur le niveau de levier dans le système et sur ce que cela signifie pour la qualité de crédit des corporates», soulignent les analystes de S&P.
Les économistes d’Oxford Economics anticipent une hausse du ratio de dette nette/PIB des entreprises dans les pays développés de 10 points, à 95% cette année, soit plus que le pic précédent de 2009. Or, plus les entreprises sont endettées plus la croissance est faible. Pour 10 points de dette/PIB supplémentaires au-delà de 75-90%, la croissance serait de 0,2 point inférieure par an. Le niveau d’endettement affecte l’investissement. La crise actuelle va également accentuer le phénomène de zombification (les taux bas permettent à des entreprises non rentables de survivre), ce qui a un effet sur la productivité, notamment dans les secteurs les plus touchés par l’impératif de distanciation, mais aussi celui de l’énergie.
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