Le risque d’une crise alimentaire reste bien présent
Qu’il s’agisse du blé ou du maïs, les cours ont connu un net repli depuis les plus hauts du 17 mai - hors le récent pic lié à l’escalade de la guerre en Ukraine. Plus globalement, l’indice des prix des produits alimentaires de la FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture) ne cesse de baisser depuis six mois, dans des proportions importantes pour certaines denrées comme les huiles végétales. Malgré tout, le poste alimentation a continué à soutenir particulièrement les indices d’inflation annuelle en septembre : +11,2% aux Etats-Unis ; +12,7% en zone euro. Et le rapport sur les perspectives économiques du Fonds monétaire international (FMI) souligne, outre une hausse des prix de 19,1% entre février et août, le risque d’une crise alimentaire élargie : «Les prix des matières premières alimentaires ont bondi après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, puis sont revenus aux niveaux d’avant-guerre depuis juillet, mettant fin à une reprise de deux ans, estime l’institution de Washington. Toutefois, les risques de nouvelles restrictions à l’exportation (comme l’interdiction des exportations d’huile de palme imposée par l’Indonésie en avril), les sécheresses dans une partie de la Chine et des Etats-Unis, et la répercussion de la hausse des prix des engrais - qui reflètent la disponibilité réduite des engrais produits en Biélorussie et en Russie - font pencher la balance des risques vers le haut.»
Corrélations avec l’énergie
Ses économistes rappellent que le rallye initié en 2020, avec +54% jusqu’au sommet pour l’ensemble des prix (+107% pour les denrées alimentaires), se démarque historiquement par une corrélation accrue avec les prix de l’énergie pour plusieurs raisons : utilisation du pétrole comme carburant pour l’équipement et le transport et du gaz comme principal intrant des engrais et des pesticides à base d’azote ; utilisation des certains produits agricoles (maïs, colza, etc.) comme biocarburants en Europe et aux Etats-Unis depuis 2005 ; et financiarisation accrue de ces marchés, sur lesquels des indices commodities sont bien souvent vendus/achetés pour leur forte pondération sur le pétrole, et entraînent dans leur sillage les matières premières agricoles. Enfin, la valeur du dollar américain joue également un rôle non négligeable sur les prix.
Après une analyse économétrique, le FMI indique qu’un choc d’offre lié aux récoltes a quand même un effet bien supérieur - et bien plus immédiat et durable - sur le prix des céréales (+23% au bout d’un trimestre), qu’un choc de prix de 10% sur les engrais (+7%) ou sur le pétrole (+2%) - un choc de 100 points de base (pb) sur les taux courts US a plutôt un effet négatif (-13%) deux à trois trimestres plus tard. L’étude rappelle que les politiques nationales (taxes, subventions, contrôle des prix, distribution, etc.), l’ouverture commerciale des pays, le prix du pétrole (transport routier) et le Baltic Dry Index (transport maritime), ou le taux de change vont globalement limiter la transmission sur le marché intérieur des variations de prix des denrées alimentaires à l’international : avec un coefficient moyen de 30%, et surtout un décalage de dix à douze mois. Ceci expliquerait une diffusion prolongée sur les taux d’inflation des pays développés importateurs, potentiellement jusqu’à mai 2023 pour les céréales.
En outre, la répercussion est beaucoup plus importante pour les pays émergents parce que les produits alimentaires pèsent davantage dans la structure de coût des ménages. «La flambée des prix alimentaires a contribué à l’inflation intérieure des pays à faible revenu, où l’alimentation représente la moitié de la consommation totale, suscitant des inquiétudes concernant la sécurité alimentaire et les troubles sociaux», indiquent les auteurs, avant d’ajouter que cela fragilise la balance des paiements - et les soldes budgétaires en cas de mesures sociales connexes – et rend souvent la politique monétaire plus difficile.
La répercussion est aussi un peu plus importante pour les pays plus ouverts commercialement, du fait de possibilités d’arbitrages transfrontaliers qui augmentent la réactivité des prix intérieurs, qu’ils soient importateurs nets ou exportateurs nets – d’où la tentation d’introduire des restrictions à l’export comme en Inde sur le blé en mai.
Entre l’épisode météorologique de La Niña, les restrictions commerciales, la demande spécifique de la Chine, les taux bas puis la guerre en Ukraine, les prix alimentaires internationaux ont ajouté en moyenne 5 points de pourcentage à l’inflation des prix alimentaires nationaux en 2021, 6 points en 2022, et le FMI attend encore 2 points de hausse en 2023. Sous réserve d’autres mauvaises nouvelles, notamment des effets négatifs supplémentaires déjà constatés sur l’offre cette année. Sans remettre en cause l’intérêt de marchés internationaux ouverts pour la stabilité des prix dans les pays émergents – également plus densément peuplés et vulnérables au changement climatique -, l’institution souligne l’importance du bon fonctionnement des marchés alimentaires internationaux et de politiques nationales ciblées pour faire face aux inévitables fluctuations.
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Israël poursuit ses frappes au Liban, qui ont fait au moins 380 morts depuis la trêve
Beyrouth - L’armée israélienne a poursuivi mardi ses frappes au Liban, tuant dans le sud 13 personnes, qui viennent s’ajouter aux 380 morts depuis l’instauration du cessez-le-feu le 17 avril, selon les autorités. Alors que le Liban se prépare à de nouvelles négociations avec Israël jeudi à Washington, le chef du Hezbollah pro-iranien, qui s’y oppose fermement, a affirmé que le désarmement de sa formation ne faisait pas partie des discussions et a promis de transformer «en enfer» la bataille avec l’armée israélienne. Celle-ci a indiqué avoir conduit une opération dans la zone du fleuve Litani et a mené mardi une frappe ayant tué deux secouristes à Nabatiyé (sud), où ils effectuaient une intervention, a annoncé la Défense civile. Le ministère de la Santé a confirmé la mort des deux secouristes qu’il a inclus dans un bilan de 13 morts, dont un soldat et un enfant, dans des frappes israéliennes ayant visé trois localités dans le sud du pays. «Une frappe sur la ville de Nabatiyé a fait cinq (morts) dont deux secouristes de la Défense civile et deux blessés», une autre dans la localité de Jebchit a fait quatre morts «dont un soldat et un ressortissant syrien», et douze blessés, et une troisième à Bint Jbeil a tué «quatre citoyens dont un enfant et une femme», et blessé deux autres, a indiqué le ministère. «Depuis le cessez-le-feu, 380 personnes ont été tuées et 1.122 blessées», a annoncé plus tôt le ministre de la Santé, Rakan Nassereddine, faisant état de 108 personnels de santé et secouristes tués depuis le début de la guerre. Plus de quatre enfants ont été tués ou blessés chaque jour en moyenne durant les 25 premiers jours de la trêve, a indiqué l’ONG Save The Children. Au total, les frappes israéliennes ont tué 2.882 personnes depuis le début de la guerre, dont 200 enfants, selon le ministère de la Santé. D’après le Hezbollah, ce bilan inclut ses membres tués. Le mouvement chiite a entraîné le Liban dans la guerre régionale en attaquant Israël pour venger la mort du guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, tué au premier jour de l’offensive israélo-américaine contre Téhéran, le 28 février. Israël a répondu en menant des frappes massives et une opération terrestre dans le sud. «Nous ne nous rendrons pas» Beyrouth a demandé aux Etats-Unis de faire pression sur leur allié israélien pour qu’il mette fin à ses frappes. Le Hezbollah a revendiqué de nouvelles attaques contre des positions militaires israéliennes, y compris en Israël, aux frontières avec le Liban. «Nous ne nous rendrons pas», a affirmé le chef de l’organisation, Naïm Qassem. «Les armes et la résistance ne concernent personne hors du Liban (...) C’est une question libanaise intérieure qui ne fait pas partie des négociations avec l’ennemi», a-t-il ajouté. Dans un communiqué annonçant la reprise des négociations jeudi, le département d’Etat américain avait affirmé que la paix entre le Liban et Israël «dépendait du rétablissement complet de l’autorité de l’Etat libanais (sur son territoire) et du désarmement total du Hezbollah». Washington fait pression pour que les discussions aboutissent à un accord de paix, alors que Beyrouth veut d’abord consolider le cessez-le-feu et obtenir le retrait d’Israël du Liban. Après l’entrée en vigueur de la trêve, l’armée israélienne a établi en territoire libanais une «ligne jaune» à une dizaine de km de la frontière. Elle a indiqué mardi qu’au cours de la semaine écoulée, ses soldats avaient mené une «opération spéciale visant à retirer des infrastructures terroristes dans la zone du Litani». Interrogée par le bureau de l’AFP à Jérusalem, l’armée israélienne a indiqué ne pas pouvoir confirmer si les soldats avaient franchi le fleuve Litani, à une trentaine de km de la frontière, mais a publié des photos montrant des soldats marchant sur un pont le traversant. © Agence France-Presse