Le marché obligataire souverain euro libellé en dollars reste limité
L’émission d’obligations en devises non locales est assez courante côté entreprise et pays émergents. En zone euro certains Etats, à l’instar de l’Italie hier, recourent également à ce type de financement. Mais leur volume reste limité: 14,2 milliards de dollars d’obligations en circulation (hors dernière émission italienne). Et tous les pays ne sont pas présents sur ce marché.
«Ce sont plutôt les pays avec des besoins de financements petits et moyens qui émettent en dollars», indique Olivier Vion, managing director origination et syndication supranationaux, souverains et agences chez Société Générale CIB. Cette année, avant l’opération réalisée par l’Italie, il n’y avait pas encore eu d’émission dans cette devise. Parmi ces pays, on trouve l’Autriche (uniquement des bons de trésorerie), la Belgique, la Finlande ou le Portugal. L’Espagne a émis en 2014, en pleine crise de l’euro, une obligation de 300 millions de dollars. «Les pays qui ont d’importants besoins n’émettent qu’en euro car le marché fonctionne de façon satisfaisante», souligne Olivier Vion.
Vu les sommes émises chaque année, de l’ordre de 200 milliards d’euros pour la France, il n’y aurait pas d’intérêt économique. «La France n’émet qu’en euros et n’a aucune volonté, ni le projet, d’émettre de la dette en devise, confirme l’AFT. Notre base investisseurs est très diversifiée».
En revanche les petits pays, dont l’approche est plus flexible, peuvent profiter d’une fenêtre favorable pour diminuer leur coût de financement et diversifier leur base d’investisseurs. «Pour eux le gain est immédiat. Tout dépendra ensuite de l’arbitrage opéré entre la liquidité sur leurs obligations en euros, qui sera forcément dégradée, et le gain d’opportunité», ajoute Olivier Vion. Ces émissions sont systématiquement couvertes en euros.
Dans les grands pays, il y aussi des questions politiques. Pour l’Italie, la diversification de la base d’investisseurs a été la principale préoccupation compte tenu des difficultés récentes rencontrées par le pays. «Pour toucher les investisseurs du Moyen-Orient ou d’Asie continentale ainsi que les fonds américains, il faut émettre en dollars», explique Axel Botte, stratégiste chez Ostrum AM, pour qui les Etats européens n’ont cependant pas vocation à créer des courbes en dollar. Selon Olivier Vion, il est peu probable que l’émission italienne suscite l’intérêt d’autres pays de la zone euro. Le gain d’opportunité n’étant pas au rendez-vous.
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