Le corporate venture confirme son enracinement
La vague actuelle du corporate venture – l’investissement d’entreprises dans des jeunes pousses innovantes – va-t-elle refluer, comme les précédentes? Les analystes du Boston Consulting Group (BCG) estiment au contraire que l’on assiste à une tendance de fond.
Le premier cycle du corporate venture, né au milieu des années 1960, s’est effondré en même temps que le marché des introductions en Bourse en 1973; celui des années 1980 avec le crack des actions de 1987, tandis que celui des années internet a éclaté en même temps que la bulle.
La tendance actuelle, née en 2005, a connu un premier pic en 2008, pour reprendre de l’élan à partir de 2012. «Pendant les deux premières vagues, les entreprises avaient pour motivation principale le rendement financier de leur investissement», expliquait hier Mark Becker, associé au BCG, au cours du colloque sur le capital-innovation organisé par l’Association française des investisseurs pour la croissance. Les secteurs les plus actifs étaient ceux qui affichaient les plus fortes performances en Bourse. Au cours de la troisième vague, s’est ajoutée une recherche d’innovations de la part de nombreux groupes.
Mais dans le dernier cycle, pour la première fois, «l’objectif stratégique prime sur l’objectif de rendement», affirme Mark Becker. Aujourd’hui aucun secteur n’échappe au corporate venture. «Toutes les industries sont désormais concernées. Depuis 2007, nous assistons à une accélération de la pénétration notamment dans les médias et l’énergie», indique Mark Becker.
A partir d’une étude pourtant sur 17 secteurs entre 2007 et 2012, l’analyse du BCG montre l’avancée du corporate venture dans 15 d’entre eux. Son usage passe de 10% à 37% dans l’énergie, de 13% à 30% dans la distribution, de 20% à 37% dans la machine-outil et de 27% à 50% dans les médias. Les investissements sont aussi plus transversaux. Car «les technologies d’avenir requièrent davantage de collaboration et de diversification sectorielle», indique Mark Becker.
Signe que la tendance serait durable, le corporate venture permet aux groupes de compenser la perte de productivité de leur R&D. «Les entreprises réallouent durablement leurs ressources internes vers l’innovation externe», indiquent les auteurs de l’étude. C’est aussi une manière de répondre aux défis de la croissance, «d’autant plus que les fusions-acquisitions d’envergure sont perçues comme peu créatrices de valeur», souligne Mark Becker.
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