Le conflit politique s’envenime entre Barcelone et Madrid
La situation est devenue explosive en Catalogne. Malgré son caractère jugé illégal par la Cour constitutionnelle espagnole, les dirigeants séparatistes de la province ont tenté de mener à bien hier un référendum d’autodétermination à hauts risques. Ni les poursuites judiciaires ni les arrestations n’ont dissuadé le président du gouvernement catalan, Carles Puigdemont, d’organiser ce scrutin, malgré l’absence de listes électorales en bonne et due forme, de commission électorale ou de comptage des voix par un organisme impartial.
Au total 319 bureaux de vote qui devaient servir au référendum ont été fermés par les forces de l’ordre, selon le gouvernement régional, mais de nombreux Catalans ont néanmoins pu voter. L’exécutif régional a annoncé hier matin la mise en place d’un système universel de recensement permettant de voter dans n’importe quel bureau de vote. Les autorités catalanes ont revendiqué 90% de «oui», la participation des partisans de l'émancipation ayant été bien plus élevée que celle des opposants.
«Aujourd’hui, il n’y a pas eu de référendum d’autodétermination en Catalogne», a martelé lors d’une allocution télévisée le Premier ministre espagnol, Mariano Rajoy, alors que le dépouillement avait commencé dans la région. Jugeant que la stratégie du gouvernement régional est un défi à la légalité et à l’harmonie démocratique, il a remercié la police pour avoir accompli sa mission. Dénonçant une «violence injustifiée», le gouvernement catalan a fait état de 850 blessés après les heurts entre électeurs et forces de l’ordre.
«Ceci représente un désastre en matière de communication pour le gouvernement espagnol», commente Angel Talavera, analyste chez Oxford Economics. Selon lui, les séparatistes «vont tenter d’élargir leur soutien à l’international en se servant de ces événements pour démontrer qu’ils font face à un régime répressif». Si Mariano Rajoy souhaite réunir tous les partis politiques pour parler de l’avenir du pays, Carles Puigdemont a ouvert la voie à la proclamation d’une indépendance unilatérale au Parlement régional.
Une sécession de la Catalogne, région de 7,5 millions d’habitants qui représente 19% du PIB espagnol, aurait des conséquences incalculables pour le pays. Elle ouvrirait en outre la boîte de Pandore dans d’autres Etats européens (Italie, Belgique, Royaume-Uni…) où fermentent déjà des tendances indépendantistes.
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