L’apport réel de la BPI reste à prouver
Après bien des atermoiements, la Banque publique d’investissement (BPI) a été portée sur les fonts baptismaux par Pierre Moscovici. Le ministre de l’Economie a présenté hier en conseil des ministres le projet de loi, qui doit être voté fin 2012, sur la création de l’établissement de soutien aux PME. Avec une vraie surprise: la probable nomination de Nicolas Dufourcq à la direction générale du holding de tête, BPI Groupe. Le numéro deux de Cap Gemini s’est vu confier une mission de préfiguration de la direction générale.
En réalité, Nicolas Dufourcq «a vocation évidemment à diriger» l’établissement, a précisé Pierre Moscovici en conférence de presse. BPI Groupe sera une holding au statut de compagnie financière. La présidence du conseil d’administration sera exercée par le directeur général de la Caisse des dépôts (CDC), Jean-Pierre Jouyet. Comme l’a révélé L’Agefi, cette structure sera détenue à 50/50 par l’Etat et la CDC.
BPI Groupe contrôlera deux filiales, qui regrouperont les entités de soutien aux PME existantes: Oséo, le Fonds stratégique d’investissement (FSI) et CDC Entreprises. Ces entités perdureront, mais chacune serait présidée par le DG de BPI Groupe. Oséo rejoindra naturellement la filiale BPI-Financement-Innovation, qui aura le statut d’établissement de crédit. BPI-Investissement chapeautera le FSI et CDC Entreprises.
Au-delà de l’intérêt de présenter un «guichet unique» aux PME, se pose la question de l’apport réel de la BPI. Pour des fonds propres consolidés supérieurs à 20 milliards d’euros, Bercy estime sa force de frappe à 42 milliards: 20 milliards en prêts, 12 milliards en garanties et 10 milliards en investissement en fonds propres sur le quinquennat.
Les deux premiers éléments sont le plus sujet à caution. Afin de s’assurer une telle capacité d’emprunt, qui ne peut se faire que sur les marchés, les liens capitalistiques entre Oséo SA et BPI Groupe devront être définis avec soin. En effet, la première est actuellement contrôlée à 62% par un Epic, qui lui permet de profiter de la notation AAA de ce dernier, donc de se refinancer à bon compte sur les marchés.
Or, BPI Groupe a vocation à contrôler 100% du capital de ses filiales. Une telle perspective supprimerait le lien entre Oséo SA, qui émet sur le marché, et l’Epic. «Les prêteurs réclament de la lisibilité et étudient en priorité le lien entre l’émetteur et son garant. Or, la BPI est une holding sans actionnariat dominant, puisque contrôlée à égalité entre l’Etat et la CDC, ce qui soulève des questions de gouvernance en cas de conflit. En outre, elle exerce à la fois les métiers d’investissement et de prêt, ce qui n’est jamais bien perçu, au-delà de l’impression de dispersion de l’activité», indique à L’Agefi une source impliquée dans le dossier. Un refinancement plus onéreux se répercuterait sur la capacité de prêt de la BPI.
Deuxième point, les 12 milliards de garanties semblent sortir du chapeau: ce montant représente presque l’intégralité du stock actuel d’Oséo, qui accorde entre 4 et 5 milliards d’euros de garanties par an. «Je ne vois pas comment Oséo pourrait doubler son stock», s’étonne la source.
Enfin, Bercy ajoute que la BPI pourrait se refinancer auprès des fonds d’épargne grâce à une ligne de crédit de 10 milliards d’euros liée aux ressources du LDD. Un montant virtuel, dans la mesure où Oséo jouit de conditions deux fois moins onéreuses sur le marché (entre 2,3 et 2,5%). La ligne existante de 1 à 2 milliards d’euros n’est ainsi pas utilisée.
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