L’affaire Del Monte a laissé des traces dans le financement LBO
Les banques sont désormais bien plus sensibles au risque de conflit d’intérêts découlant de leur participation au financement d’acquisitions par effet de levier dans les cas où elles sont choisies comme conseils par le vendeur. Le tournant date de février dernier, lorsque les actionnaires du fabricant américain d’aliments pour animaux Del Monte ont déposé une plainte visant Barclays Capital.
Ces actionnaires lui reprochaient d’avoir conseillé les dirigeants du groupe lors de sa vente à un consortium mené par KKR, alors que la banque participait au financement de l’offre formulée par le fonds d’investissement. Un juge du Delaware a considéré qu’il y avait bien eu conflit d’intérêts, Barclays ayant reçu près de 24 millions de dollars au titre de ce financement, soit autant que le montant reçu pour ses prestations de conseil auprès de Del Monte.
«Les banques semblent faire preuve de prudence après cette affaire», estime Larry Hamermesh, professeur de droit privé à l’université Widener de Wilmington dans le Delaware. Dans l’attente d’un jugement final sur le cas Del Monte, Barclays a cessé d’apporter un soutien financier à des acquéreurs lorsque la banque est choisie comme conseil par une société cible cotée en Bourse, rapporte Bloomberg de sources proches du dossier. Celles-ci indiquent que d’autres grandes banques américaines et européennes ont également revu leur politique en la matière.
BoA, JPMorgan et Morgan Stanley réserveraient dorénavant cette pratique aux vendeurs qui en font la demande expresse ou à ceux qui peinent à trouver des sources alternatives de financement. Leurs clients sont alors incités à engager une seconde banque conseil au tout début du processus de cession. «Si un client le lui demande, la banque réfléchira longtemps en lui expliquant tous les risques de conflit d’intérêts», commente Peter D. Lyons, associé au cabinet d’avocats Shearman & Sterling à New York.
Au cours des six derniers mois, aucun financement de LBO concomitant à un mandat de conseil à la vente n’a été signé aux Etats-Unis pour des cibles cotées valorisées plus de 1 milliard de dollars, selon des données compilées par Bloomberg. Le contraste est important par rapport à la période allant d’octobre 2008 à février 2011, où sur un total de 20 opérations de cette taille, ce type de financement a été proposé dans 40% des cas et effectivement utilisé dans 25% d’entre eux.
{"title":"","image":"77424»,"legend":"FUSIONS ACQUISITIONS»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
Schneider Electric indispose les investisseurs en ciblant l’américain PTC
Payée en numéraire, cette acquisition qui dépasse 20 milliards d’euros risque de peser sur la structure de bilan de l’équipementier électrique français. -
Le risque France se propage aux obligations d’entreprises
L’immunité pour le marché du crédit est terminée. Celui-ci s’écarte à son tour, affecté par la volatilité sur les taux. Les émetteurs français sous-performent alors que le spread entre la France et l’Allemagne a atteint un plus haut de près de quinze ans même si les groupes internationaux peuvent jouer les actifs refuges. -
Le gouvernement s’attaque aux avoirs en déshérence
Un prélèvement de 17 % sera appliqué de manière réversible sur les fonds en déshérence récupérés par la Caisse des dépôts et des consignations, qu’ils soient placés en assurance vie ou sur les comptes bancaires.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF engrange 127 milliards d’euros au troisième trimestre 2026
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- CNP Assurances fait un nouveau pas en dehors du réseau de La Banque Postale
- Les gestions anticipent une résistance modérée des Bourses
- Le prix du pétrole retombe sous 100 dollars le baril
- L’IA ne sait pas lire correctement les résultats du CAC 40
Contenu de nos partenaires
-
Têtes brûléesBlocage des lycées : la colère sans mode d'emploi
Après deux semaines de blocus lycéens, organisations lycéennes, étudiantes et syndicales manifestent ce mardi 6 octobre. Une tentative de structurer un mouvement jusqu'ici gazeux, souvent violent, et insaisissable pour le gouvernement -
Rio ne répond plusAu Brésil, le dernier rempart à la doctrine « Donroe » risque de tomber
Tarifs, menaces, capture de Maduro, soutien aux candidats de droite... En presque deux ans, Donald Trump a fait basculer presque toute l'Amérique latine sous son emprise. Reste le Brésil -
EditorialBlocus des lycées : une « guerre des récits » qui rate l'essentiel
La colère des élèves et l'incapacité financière de l'Etat à y répondre masquent l'urgence d'une refonte totale de l'enseignement, dans un monde révolutionné par l'IA