La zone euro en marche vers l’union économique

Des réticences subsistent toutefois tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’union monétaire
Florence Autret, à Bruxelles

Pour la première fois depuis la création de la monnaie unique, les pays de la zone euro se disent prêts à entreprendre la concrétisation d’une union économique à dix-sept. Vendredi à Bruxelles où se déroulait un sommet européen, la chancelière Angela Merkel a estimé qu’il faudrait «arriver d’ici un an avec des points très concrets». Cette concrétisation s’annonce éminemment périlleuse pour des raisons politiques et institutionnelles évidentes.

Nicolas Sarkozy et Angela Merkel sont apparus côte à côte vendredi, en début d’après-midi devant la presse pour esquisser les contours du «pacte de compétitivité» au sujet duquel des informations filtraient depuis plusieurs jours. Ils devaient ensuite les présenter aux vingt-cinq autres chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union européenne. «L’euro est aussi un projet politique… ce qui signifie qu’à côté de la solidarité (il faut) que les pays veuillent clairement s’unir», a déclaré la chancelière.

Le chef de l’Etat, qui plaidait depuis longtemps pour une initiative de la zone euro, a parlé d’un «accord sur un plan structurel pour… tirer les conclusions d’un passé récent où il a fallu additionner des mesures d’urgence». «La réponse est une intégration plus forte des politiques économiques», a-t-il dit. Le président du Conseil européen Herman van Rompuy a été chargé de travailler à des propositions en vue d’un sommet de la zone euro qui doit avoir lieu début mars, avant le conseil européen «classique» à vingt-sept, les 24 et 25 mars.

Le débat qui s’est déroulé lors du déjeuner tardif a toutefois révélé les difficultés prévisibles de l’exercice dues aux réticences tant à l’intérieur qu'à l’extérieur de la zone. L’idée allemande de limiter l’indexation des salaires agace la Belgique, dont les syndicats ont déjà réagi publiquement, et le Luxembourg. D’une façon générale, la perspective de regagner de la compétitivité par une baisse des salaires ou une augmentation de l’âge de la retraite inquiète. L’Irlande redoute une harmonisation fiscale.

Le Premier ministre britannique David Cameron s’est, lui, alarmé de possibles effets de distorsion sur le marché intérieur. Les futurs sommets de l’eurozone seront donc ouverts aux autres membres de l’Union quand il s’agira de compétitivité au sens large. Le marché intérieur est explicitement exclu du champ du «pacte de compétitivité». De façon assez piquante, le Royaume-Uni et ses eurodéputés se retrouvent en situation de défendre la méthode communautaire face à l’ «intergouvernementalisme» assumé des dirigeants français et allemand.

«Nous sommes le gouvernement économique de la zone euro», avait assuré la chancelière allemande il y a un an à l’issue d’un sommet. Mais elle parlait des Vingt-Sept. Le sommet du 4 février marque donc une rupture. Plus que la symbiose franco-allemande qui sert d’habillage à cette initiative, ce sont les travaux poussifs du groupe van Rompuy (à vingt-sept) qui l’expliquent. La facilité de stabilisation de l’euro (EFSF), limitée à l’eurozone, fournit un socle plus solide pour négocier une convergence substantielle qui aille au-delà d’objectifs budgétaires ou macro-économiques lointains. Berlin veut profiter de sa renégociation pour obtenir des gages politiques de compétitivité de ses voisins.

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