La valorisation des actions limite la poursuite de la hausse
Rien n’arrête la hausse des marchés actions. Malgré les tensions entre les Etats-Unis et l’Iran, les places boursières ont démarré 2020 sur une note positive, poursuivant sur le chemin tracé en 2019, portées par la signature d’un premier accord commercial entre Pékin et Washington, qui éloigne le risque d’escalade, et par l’arrêt de la dégradation de la croissance économique. A Wall Street, les indices affichent des progressions comprises entre 2,3% et 3,8%, les marchés européens gagnant entre 0,8% et 1,4%. «Les valorisations absolues des marchés actions sont élevées», notent les gérants de BFT IM. Mais la disparité reste marquée entre Wall Street où l’indice S&P 500 se paye 19 fois les bénéfices anticipés pour 2020, une valorisation proche de ses plus hauts sur dix ans, et l’Europe où l’indice Stoxx 600 se valorise 15,2 fois les résultats 2020, ce qui est plus élevé que sa moyenne à dix ans mais avec une importante décote par rapport au marché américain. L’indice MSCI Monde se paye 17,4 fois les bénéfices à son plus haut de dix ans.
«Certains investisseurs craignent que la phase haussière actuelle ne puisse durer, avance Peter van der Welle, stratégiste chez Robeco. Notre analyse montre qu’une année de performance exceptionnelle se répète souvent l’année suivante sous l’effet de plusieurs facteurs ; 2020 pourrait se révéler tout aussi excellente.» Pour ce dernier, outre l’attente d’une reprise des résultats des entreprises au deuxième trimestre et la politique toujours accommodante des banques centrales, l’asymétrie observée historiquement sur le marché est une raison d’être optimiste. De fait, si la hausse annuelle moyenne des actions mondiales est de 8%, les performances annuelles supérieures à 20% ont été enregistrées dans 20% des cas, et souvent deux années de suite après une mauvaise année. Comme en 2018-2019.
Rendement du dividende supérieur à celui des obligations
Outre ce facteur purement statistique, la raison de se positionner sur les actions est essentiellement relative : «La baisse des rendements obligataires renforce la prime de risque des actions», indique BFT IM, surtout en Europe. Cela constitue un support important réduisant le risque d’une correction majeure, selon Peter Oppenheimer, responsable de la stratégie actions chez Goldman Sachs. La totalité des entreprises européennes affichent même un rendement du dividende supérieur au rendement de leurs obligations. Une première. Autre élément de soutien selon le stratégiste de Goldman Sachs, les émissions nettes d’actions sont négatives pour la première fois en Europe depuis quinze ans.
Néanmoins, Peter Oppenheimer estime que si les valorisations ne sont pas extrêmes, elles sont au-dessus de leur tendance historique. Il n’anticipe donc pas une forte progression des actions cette année, d’autant que les perspectives de croissance des bénéfices sont faibles (+3% pour l’Europe). «L’essentiel de la hausse des actions l’an dernier s’est fait sur une expansion des multiples, rappelle le stratégiste. La reprise économique est déjà intégrée dans les cours». Il en veut pour preuve l’écart entre l’évolution des PER (price earning ratio) et l’indicateur d’activité de Goldman Sachs (CAI), deux mesures généralement bien corrélées. Cette anticipation de reprise a particulièrement bénéficié aux valeurs cycliques dans la deuxième partie de 2019. «Le marché reflète déjà cette amélioration cyclique. La reprise des cycliques nous semble aujourd’hui achevée», pour le stratégiste de Goldman Sachs compte tenu des faibles perspectives de croissance et d’inflation.
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