La Suisse veut mieux contrôler ses traders de matières premières

Les autorités fédérales souhaitent anticiper les risques de réputation que présentent les entreprises de négoce basées sur leur territoire
Marc Guéniat, à Genève

L’annonce faite la semaine dernière par le ministre suisse de l’Économie, Johann Schneider-Ammann, n’a pas encore de quoi affoler les traders de matières premières. C’est pourtant la première fois que le gouvernement helvétique reconnaît la nécessité d'évaluer les risques de réputation que présente ce secteur, qui s’est développé très rapidement lors des dix dernières années sur son territoire. Devant le Parlement, le Conseil fédéral s’est engagé à produire un rapport afin d'établir s’il existe «des dysfonctionnements, d’introduire d'éventuels correctifs et de prévenir des reproches injustifiés à l’encontre de ces entreprises». Cette prise de position fait suite aux injonctions de la conseillère nationale socialiste Hildegard Fässler-Osterwalder.

A ce jour, il n’existe aucun cadre réglementaire propre au négoce des matières premières. La Confédération a longtemps rechigné à s’intéresser à ce secteur qui, en 1998, ne pesait que 0,5% de la richesse nationale. Aujourd’hui, il gravite autour des 3% du PIB, soit davantage que le tourisme ou l’industrie des machines. A Genève, cette proportion atteint 10%, presque autant que le secteur financier traditionnel.

La place helvétique caracole en tête du commerce mondial du pétrole, des oléagineux, du sucre et du cacao. Elle n’est pas loin de Londres s’agissant du cuivre et de plusieurs métaux. Sur les douze plus grandes sociétés domiciliées en Suisse, on trouve sept traders. Les deux premières, Glencore et Trafigura, devancent désormais Nestlé, qui a été pendant des décennies l’entreprise suisse au chiffre d’affaires le plus élevé.

Outre son importance économique, le secteur est affligé d’une réputation sulfureuse, étant souvent associé à la corruption, à la pollution, au pillage des ressources, voire à des conflits armés. Dans son argumentaire, Hildegard Fässler-Osterwalder se réfère au cas de Glencore en Zambie, sans le mentionner explicitement. La multinationale établie à Zoug est accusée par le gouvernement de Lusaka de frauder le fisc. Le rapport d’un cabinet d’audit indépendant a en effet montré que ses mines de cuivre de Mopani, dans le Nord du pays, ne génèrent aucun impôt sur le bénéfice.

Glencore est ainsi accusée de rapatrier ses profits vers la Suisse par des mécanismes de transferts de prix. Plusieurs ONG ont porté plainte contre le géant helvétique au point de contact suisse de l’OCDE à Berne. Glencore a toujours nié.

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