La spéculation fragilise le rallye des technologiques américaines
La constitution de positions importantes sur des options d’achat a alimenté la hausse de ces valeurs, mais risque désormais de causer leur chute.
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Xavier Diaz
Ce positionnement concentré sur la tech a déjà provoqué certaines dislocations sur le marché.
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Image : Gerd Altmann/Pixabay
Les valeurs technologiques américaines semblent avoir mis momentanément un terme à un rallye qui a permis à l’indice Nasdaq de battre record sur record. Ce rebond, alimenté par l’intérêt des investisseurs pour les valeurs gagnantes de la crise provoquée par le coronavirus, a aussi été soutenu par les prises de position sur les dérivés actions, dont celles constituées par Softbank mais aussi par les investisseurs particuliers. Ce positionnement du marché fait craindre une poursuite de la correction. «Si le marché commence à réduire ses positions, cela pourrait aller aussi vite à la baisse qu’à la hausse», affirme Eric Benoist, stratégiste chez Natixis. Ce d’autant que le positionnement s’est autoalimenté.
Softbank aurait pris des positions longues sur un certain nombre de titres de valeurs technologiques américaines. D’un autre côté, les investisseurs particuliers américains, dont certains étaient sevrés de paris sportifs, se seraient pris au jeu des options. «Les particuliers, ont investi ce marché depuis mai, sur lequel ils n’opéraient pas jusqu’à présent, avec donc peu d’expérience, indique Eric Benoist. C’est ce que montrent les données des ‘brokers retail’ américains». Cet engouement semble s’être accéléré au cours des dernières semaines. Les volumes de calls (options d’achat) sur des actions individuelles ont été trois fois plus importants que le volume moyens sur trois ans, selon Jim Reid, stratégiste chez Deutsche Bank.
Certains hedge funds et institutionnels ont pu profiter de la situation et contribuer à cet emballement. Les banques qui vendent les calls doivent en effet couvrir leurs positions en achetant les titres sur le marché. Or plus les titres montent, plus elles doivent en acheter. «Des ‘hedge funds’ et des institutionnels ont vite compris que la hausse du marché ne se faisait que sur quelques noms et que les banques étaient ‘short gamma’», explique Eric Benoist. Et ces professionnels ont pu non seulement acheter ces valeurs mais aussi le call pour garantir le succès de l’opération. Alimentant ainsi la hausse. Ils auraient notamment surveillé la liste des valeurs les plus traitées par les particuliers sur le site Robinhood. Et au fur et à mesure que l’on s’approche du prix d’exercice (les options ont pu être acquises par Softbank à l’origine avec un prix d’exercice éloigné, option en dehors de la monnaie), la sensibilité aux mouvements de marché est plus importante. «Si la correction s’accentuait, le débouclement des positions par les banques risque d’amplifier le mouvement de baisse», selon Eric Benoist.
Volatilité
Ce positionnement concentré sur la tech a déjà provoqué certaines dislocations sur le marché. C’est le cas de la forme des courbes d’options qui est aujourd’hui inversée. Cela explique pourquoi le S&P 500 et le Nasdaq ont bondi en août quand la volatilité progressait sur certains titres alors qu’elle baisse en général. «Une grande partie de la hausse de la volatilité s’explique par la hausse du prix des options d’achat (call) tandis que le prix des options de vente (put) est resté stable», constate Vincent Cassot, responsable de la recherche dérivés actions chez Société Générale CIB, ce qui reflète le mieux la forte croissance des positions à l’achat du marché. Cela peut aussi traduire une plus faible protection des portefeuilles. Le problème est qu’en cas de repli plus prononcé du marché, la seule couverture pour les investisseurs sera le débouclage des positions en portefeuille, alimentant ainsi la baisse.
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