La sous-performance des actions européennes atteint des sommets
L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et la victoire des républicains au Congrès (Sénat et Chambre des représentants), le red sweep, ont porté une nouvelle estocade aux marchés actions européens. Les investisseurs ont massivement joué le pari de la reflation aux Etats-Unis, au travers de Wall Street, et délaissé les Bourses européennes, trop sensibles à la menace des tarifs douaniers et à la Chine.
Résultat, l’écart entre les actions américaines et européennes s’est encore accru. L’indice S&P 500 a progressé de près de 3% depuis l’annonce des résultats de l’élection tandis que l’EuroStoxx 50 a perdu 1%. L’écart entre les deux marchés depuis le début de l’année n’a même jamais été aussi important. «La sous-performance des actions européennes par rapport aux américaines atteint un record cette année», relève dans une note Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions chez Barclays.
La victoire des républicains aux élections n’a fait qu’accroître le fossé. «Etant donné que les actions européennes avaient déjà fortement sous-performé avant les élections et que l’euro est en baisse d’environ 6 % face au billet vert par rapport aux sommets de septembre, leur sous-performance cumulée depuis le début de l’année par rapport aux Etats-Unis exprimée en dollars est désormais proche de 25%, la plus élevée de notre historique», précise le stratégiste.
Baisse des valorisations
L’écart est même encore plus important avec la Bourse de Paris où l’indice CAC 40, qui a été affecté par l’instabilité politique cet été et surtout par les inquiétudes autour du secteur du luxe, sous-performe de près de 10 points l’indice européen. Paris est la seule place boursière dans le rouge depuis le début de l’année parmi les marchés développés.
«Une prime Donald Trump élevée se reflète dans les valorisations relatives des actions de l’Union européenne par rapport aux américaines», explique Emmanuel Cau. Cette sous-performance est due à une baisse de la valorisation (derating) des marchés européens à leur niveau de début d’année de 13 fois les anticipations de bénéfices, tandis que celle du marché américain a augmenté de 3 points à 22,5 fois. «Le dernier épisode de sous-performance de l’UE semble davantage dû à la peur qu’aux fondamentaux, et il est peut-être exagéré par rapport à l'évolution des spreads de crédit et aux révisions des bénéfices par action, affirme le stratégiste. Les prix actuels semblent impliquer que toutes les politiques proposées par Trump seront mises en œuvre dans toute la mesure du possible, ce qui n’est pas garanti.»
A court terme, la poursuite de l’exception américaine devrait continuer de soutenir Wall Street, même si les investisseurs commencent à s’interroger sur le niveau de valorisation atteint par les valeurs de ce marché. Les investisseurs continuent de le plébisciter par rapport au reste du monde, notamment l’Europe. «Le principal problème de la région est l’absence de moteur de croissance domestique et la dépendance au commerce mondial, notamment avec la Chine, selon Emmanuel Cau. Ce sont les tarifs douaniers et les actions exposées à la Chine qui ont récemment fait baisser la performance des actions européennes.» Avec la menace de guerre commerciale et l’absence de véritable stimulus budgétaire en Chine, les actions européennes vont rester volatiles, et probablement à la traîne des valeurs américaines.
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