La révolution des chaînes de valeur s’annonce ardue
La crise a durement touché le commerce mondial dont les perspectives sont assombries par la volonté de nombreux pays de limiter leur dépendance à la Chine.
Publié le
Xavier Diaz
L’OMC anticipe une baisse comprise entre 13% et 32% du commerce mondial cette année.
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Crédit European Union
Les perspectives du commerce international sont aussi sombres que celles de l’économie mondiale. Les mesures de confinement, les restrictions de circulation et l’arrêt de pans entiers d’activité frappent les échanges internationaux plus que lors des crises passées. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) anticipe une diminution comprise entre 13% et 32% du commerce mondial cette année (-12% en 2009 après la crise financière). Dans son dernier rapport de juin, la Cnuced prévoit une chute de 27% au deuxième trimestre (par rapport au trimestre précédent) après un premier recul de 5% entre janvier et mars. La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement anticipe un recul de 20% sur l’ensemble de l’année.
«Les estimations de la reprise attendue en 2021 sont tout aussi incertaines, avec des résultats qui dépendront largement de la durée de l'épidémie et de l’efficacité des mesures adoptées pour y faire face», affirme l’OMC. A moyen terme, le constat d’une trop grande dépendance à la Chine et les appels à une relocalisation des productions pourraient affaiblir encore plus les échanges mondiaux. «Un risque pour le futur du commerce mondial», notent les économistes de Coface.
Relocalisation de certaines productions
Au centre de ces réflexions se trouvent les chaînes de valeur, qui ont représenté jusqu’à plus de 50% dans la valeur du commerce mondial. Marion Laboure, économiste chez Deutsche Bank, rappelle qu’une telle rupture subite et brutale des chaînes de valeur n’est pas nouvelle, déjà vue après la crise financière de 2008 et le tsunami de 2011 au Japon. Mais certains facteurs peuvent amplifier l’effet de ces crises comme de multiples chocs simultanés, des restrictions de mobilité ou des mesures protectionnistes et des restrictions à l’exportation, comme c’est le cas aujourd’hui. La Japon a annoncé consacrer une petite part de son plan de soutien à la relocalisation des productions au Japon. Plusieurs fournisseurs d’Apple ont annoncé leur volonté de produire hors de Chine. Et les politiques brandissent l’arme de la relocalisation, notamment dans des secteurs stratégiques comme la santé.
Mais entre cette volonté de ne plus dépendre d’un seul gros fournisseur, la Chine généralement, et ce qui est possible, il y a un fossé. D’abord en raison de la complexité des chaînes de valeur (notamment dans les secteurs de la technologie et de l’automobile). Ensuite, du niveau de dépendance à la Chine. «La plus ou moins forte dépendance à la Chine déterminera la difficulté ou non à changer de stratégie», indique Marion Laboure qui estime que l’Europe l’est moins que les Etats-Unis, le Canada, le Japon et les autres grands pays asiatiques. Phil Hogan, le commissaire européen au commerce a d’ailleurs indiqué que «les stratégies d’autonomie ne signifient pas qu’il faut viser l’autosuffisance… Nous devons chercher comment renforcer notre résilience en nous fondant sur la diversification, sans dépendre totalement d’une seule source géographique d’approvisionnement pour tout».
Diversification des fournisseurs
Il y a deux façons de réduire sa dépendance à d’autres pays : soit relocaliser totalement la production sur le marché domestique, soit diversifier ses fournisseurs. Dans les deux cas, les économistes de Coface, pour qui les chaînes de valeur ont encore un bel avenir, trouvent des limites : «Imaginer une relocalisation complète des processus de fabrication au niveau national ou régional se confronte au risque d’une augmentation des coûts de production et au manque de compétences nationales» tandis que les éventuelles productions relocalisées resteraient tributaires de l’approvisionnement en matières premières.
Quant à une diversification des fournisseurs, possible car il existe des alternatives à la Chine (malgré sa domination dans la plupart des secteurs d’activité), la dépendance à cette dernière ne disparaîtra pas totalement car les principaux producteurs d’un secteur d’activité sont fortement liés les uns aux autres, selon Coface. Marion Laboure ajoute que si les grandes entreprises sont incitées à rompre avec la logique de l’approvisionnement à flux tendus et à raccourcir leur chaîne d’approvisionnement entre la production et la vente, poussées par leurs investisseurs ESG, il pourrait ne pas en être de même pour de plus petites entreprises pour des raisons de coût. «Une réduction efficiente de l’exposition à la Chine ou à n’importe quel autre fournisseur clé ne pourra être possible qu’à la condition d’une réorganisation des chaînes de valeur, affirme Julien Marcilly, chef économiste chez Coface. Toutefois protéger totalement la production des chocs d’offre externes semble être une quête impossible».
Quoi qu’il en soit, révolution dans les chaînes d’approvisionnement mondiales ou pas, le déclin du commerce international a commencé bien avant cette crise. En 2019, il a été fortement pénalisé par les tensions entre les Etats-Unis et la Chine. Mais avant cela, le ratio entre croissance des échanges mondiaux et croissance du PIB dans le monde n’était déjà plus que de 1 contre 2 avant la crise de 2008.
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