La livre turque réduit un peu ses pertes mais inquiète toujours les marchés
La livre turque a manifesté des signes de redressement, lundi, après avoir chuté à 7,24 par dollar, la banque centrale de Turquie ayant annoncé qu’elle fournirait toute la liquidité nécessaire aux banques.
Mais la devise reste sous pression et sa chute continue à inquiéter les marchés mondiaux qui s’attendaient plutôt un relèvement des taux directeurs.
Le ministre des Finances, Berat Albayrak, dans un entretien au quotidien Hurriyet, avait indiqué que la Turquie mettrait en oeuvre dans la journée un plan d’action économique à la suite de la chute de la monnaie nationale. La banque centrale a déclaré dans la matinée qu’elle avait réduit de 250 points de base le coefficient des réserves obligatoires en livre turque pour toutes les échéances et abaissé de 400 points de base le coefficient de RO en devises jusqu'à trois ans d'échéance.
La banque centrale a ajouté que ces mesures ont été prises pour assurer le fonctionnement adéquat des marchés financiers et donner aux banques une certaine souplesse dans la gestion de leur liquidité.
Selon des banquiers, la banque centrale pourrait répondre aux besoins de liquidités en livres turques des banques avec son taux au jour le jour de 19,25% - supérieur de 150 points de base au taux de référence de prises en pension hebdomadaire (repo). Ils notent que ce pourrait être un premier pas vers un resserrement monétaire via des taux multiples, utilisés ces dernières années, à la place du taux repo, auquel est elle est revenue en mai comme principal taux directeur.
La livre turque a touché un plancher sans précédent de 7,24 par dollar dans les échanges de la zone Asie-Pacifique. Elle a réduit ses pertes à la suite des déclarations d’Albayrak et de la banque centrale, revenant à 6,90 en milieu de journée.
Depuis le début de l’année, la devise turque a perdu plus de 40% face au dollar en raison surtout des craintes que suscite l’influence qu’exerce le président Recep Tayyip Erdogan sur l'économie, de ses appels répétés à une baisse des taux et des tensions qui s’accumulent entre la Turquie et les Etats-Unis.
La chute de la livre a atteint un point culminant vendredi, la monnaie turque cédant jusqu'à 18% et plombant les Bourses européennes et américaines, les investisseurs s’inquiétant en particulier de l’exposition des banques à la Turquie.
L’indice des valeurs bancaires turques est tombé à son plus bas depuis novembre 2003 sur la base des cours en dollars et les obligations bancaires en dollars, comme la dette souveraine, ont chuté, tandis que la Bourse d’Istanbul a perdu jusqu'à près de 7%, l’indice des valeurs vedettes de la Bourse d’Istanbul affichant un repli d’environ 50%, toujours en dollars, depuis le début de l’année.
La rechute de la livre a touché les bourses asiatiques lundi, ainsi que le rand sud-africain, qui a chuté de plus de 10% à un plus bas de deux ans de 15,7 par dollar, déclenchant une fuite vers la qualité représentée par des devises telles que le dollar, le franc suisse et le yen.
Toutefois plusieurs analystes jugent le risque de contagion limité. La Turquie représente 3% des exportations de la zone euro et entre 0,7% et 0,8% des actifs des banques françaises et italiennes, souligne Credit Suisse. Les valeurs bancaires ont été de nouveau chahutées, BNP Paribas cédant 1,1%, Unicredit 2,6% et l’espagnol BBVA 3,2%.
Berat Albayrak a affirmé que la rigueur budgétaire serait le principal pilier de la nouvelle méthode économique de la Turquie et des dispositions budgétaires seront appliquées à des indicateurs économiques ciblés si nécessaire.
Le ministre des Finances a ajouté qu’un plan avait été concocté pour les banques et pour l'économie «réelle», en particulier les PME, qui sont le plus touchées par les fluctuations de change. Le ministre exclut que la Turquie intervienne sur les comptes bancaires en dollar, affirmant que toute saisie ou conversion de ces dépôts en livre turque étaient exclues.
Albayrak, qui est le gendre du président, juge que l’accès de faiblesse de la livre turque est une «attaque», se faisant ainsi l'écho d’Erdogan. Erdogan, qui se qualifie lui-même d’"ennemi des taux d’intérêt», veut un crédit bancaire bon marché pour stimuler la croissance mais les investisseurs craignent une surchauffe de l'économie turque avec pour conséquence des lendemains qui déchantent.
S’exprimant devant ses partisans à Trébizonde, une cité balnéaire de la mer Noire, Erdogan a réfuté dimanche l’idée que la Turquie était confrontée à une crise financière comparable à celle qui a touché les pays asiatiques il y a un vingtaine d’années. La chute de la livre est la conséquence d’un complot et ne reflète pas les fondamentaux économiques, a-t-il dit.
La banque centrale avait relevé les taux en urgence en mai pour soutenir la monnaie nationale et avait récidivé le mois suivant. Elle n’a toutefois pas resserré sa politique monétaire lors de sa dernière réunion voici trois semaines. La BBDK, l’organisme de tutelle du secteur bancaire turc, a fait savoir qu’il limitait les opérations bancaires sur les swaps de devises.
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