La gestion des portefeuilles d’infrastructures conditionne la réussite de l’Accord de Paris
Pour aligner leurs portefeuilles d’actifs sur la trajectoire d’un réchauffement de 2°C et parvenir à la neutralité carbone, les gérants d’actifs doivent-ils purement et simplement renoncer à investir dans les aéroports, les centrales à charbon ou à gaz, les autoroutes et autres projets fortement émetteurs de gaz à effet de serre (GES) ? Et si de tels actifs existent déjà en portefeuille, doivent-ils les fermer ?
Toutes ces questions étaient au centre d’une table ronde organisée mercredi par l’AFG dans le cadre de l’Invest Week 2019 et l’Infraweek intitulée «S’aligner sur les accords de Paris : le temps est venu !». Présent à ce rendez-vous, le cabinet de conseil Carbone 4, spécialisé dans la transition énergétique, estime qu’une partie de la réponse à ces questions peut être trouvée dans sa nouvelle méthodologie spécialement conçue pour les portefeuilles d’infrastructures.
Actifs de long terme, les infrastructures conditionnent la réussite ou l’échec des accords de Paris sur le climat. «Si on considère toutes les infrastructures existantes aujourd’hui, on a déjà consommé l’intégralité de notre budget carbone», s’inquiète Juliette Decq, manager chez Carbone 4.
L’outil de ce cabinet, conçu pour un «alignement 2°C des portefeuilles infrastructure», a suscité l’intérêt de l’AFD, Climate-KIC France, La Banque postale AM et Meridiam. Il a pour ambition d’aider un gérant à bâtir un portefeuille 2°C compatible, à vérifier l’alignement des portefeuilles avec cet objectif, agir pour corriger un désalignement de portefeuilles et suivre les progrès vers des trajectoires bas carbone.
Avec cette méthodologie, estiment Sylvain Borie et Alexandre Joly, experts à Carbone 4, il est possible d’effectuer une évaluation au niveau même de l’actif, en distinguant les actifs greenfield de ceux qui existent déjà, avec une modulation selon le scénario de réchauffement, le pays où est effectué l’investissement et le niveau de granularité.
Qu’il s’agisse d’un aéroport, d’un hôpital, d’un chemin de fer ou de solaire photovoltaïque, l’impact carbone peut ne pas être le même en France et en Pologne, soulignent les deux professionnels. De même l’usage d’un projet dans le secteur énergie peut varier selon les usages (mobilité, chauffage, industrie...).
Pour Bérénice Arbona, gérante dette infrastructure chez LBPAM, il est possible avec une méthodologie comme celle de Carbone 4 de sortir du manichéisme selon lequel «investir dans les autoroutes c’est mal et investir dans les énergies renouvelables c’est bien». Il est possible de piloter son portefeuille de façon dynamique et compenser un actif par un autre quand c’est nécessaire, explique-t-elle.
Même point de vue pour Julien Touati, Partner, directeur du développement chez Meridiam : «avec cet outil, on peut par exemple investir dans un aéroport à Madagascar et pouvoir montrer comment on compense».
En revanche pour Nicolas Blanc, directeur du Département stratégie, prospective, relations institutionnelles de l’AFD, prendre le problème en termes de compensation n’est pas la voie à privilégier. «Nous disposons d’un pilotage géographique plus intelligent avec cet outil qui permet au gérant d’être plus transformationnel, d’éclairer les décisions et de s’adresser aux financiers de manière différente», dit-il.
Pour Florent Deixonne, responsable de la gouvernance et de l’investissement responsable chez Lyxor, «Carbone 4 propose un système propriétaire. Or le défi consiste à s’assurer de la transparence de la méthodologie, le risque étant de ne pas comprendre les limites de la métrique et de bâtir des portefeuilles non maîtrisés».
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