La fragilité des marchés émergents refait surface
Le rebond du dollar et des rendements américains remet en lumière les fragilités des pays émergents. La dépréciation moyenne des devises émergentes s'élève à 5%, elle a été supérieure à 7% pour la livre turque, le rouble, le real brésilien et le rand sud-africain, mais limitée pour le renminbi et la roupie indienne. Bloomberg estime que 16 devises émergentes sur 24 sont désormais survendues, et 3 autres pourraient même vite les rejoindre. Sur le marché obligataire, l’indice JPMorgan EMBI montre un écartement des spreads émergents de 65 pb depuis février qui dépassent 350 pb pour la première fois depuis début 2017. Les sorties de capitaux obligataires se sont poursuivies à hauteur de 1 milliard de dollars la semaine dernière, après des sorties totales de 77 milliards au premier trimestre.
L’Argentine a dû donner un tour de vis monétaire de 1.275 pb la semaine dernière pour faire grimper son taux à 40% et freiner la chute du peso. Hier, son président Mauricio Macri a annoncé avoir entamé des discussions avec le FMI pour obtenir «une ligne de soutien financier» face à son problème monétaire. La Turquie est aussi dans la tempête. La livre a corrigé de 8% depuis mi-février, ce qui a conduit S&P Global Ratings à enfoncer sa note en territoire junk à «BB-» compte tenu de sa forte dépendance au financement externe. Le FMI craint de son côté un risque de surchauffe, avec un taux de croissance de 7,4% atteint en 2017, supérieur à son potentiel de 3%, et met à l’index une politique monétaire «trop lâche», et la «faible crédibilité» de la banque centrale, qui s’est résignée à voir l’inflation dépasser de 3,4 points cette année sa cible de 5%. Or, le président Recep Tayyip Erdogan a déjà promis de baisser les taux et l’inflation après les élections du 24 juin.
Si l’économie turque fait face à une inflation élevée de plus de 10%, d’autres pays émergents, tels que la Russie, le Brésil et l’Afrique du Sud, ont en revanche bénéficié depuis plusieurs mois d’une faiblesse historique des tensions sur les prix qui leur a permis d’assouplir leur politique monétaire. Ce qui pourrait être remis en cause par l’accès de faiblesse de leurs devises. Le real est ainsi sous pression avant les résultats des élections qui se tiendront au Brésil en octobre, alors que le rouble est victime des sanctions américaines envers la Russie, et le rand pâtit de l’effet négatif sur la croissance attendu des réformes adoptées par le nouveau gouvernement. Dans le même temps, les devises asiatiques ont profité du rapprochement entre les deux Corées, et de la baisse du risque de guerre commerciale.
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