La Fed relève ses taux
C’était l’épreuve du feu pour Jerome Powell, à la tête de la Fed depuis février. Comme attendu par Wall Street, le directeur de la Réserve fédérale américaine a annoncé hier soir un relèvement d’un quart de point des taux Fed funds, son principal taux d’intérêt, entre 2% et 2,25%, contre 1,75-2% jusqu'à présent.
C’est la troisième hausse depuis le début de l’année. La banque centrale en prévoit une autre d’ici fin 2018, trois de plus en 2019, et une en 2020. C’est aussi le plus haut niveau depuis dix ans. Un tel scénario porterait le principal taux d’intérêt américain à 3,375% fin 2020, soit près d’un demi-point au-dessus du niveau considéré comme «neutre».
Point révélateur, pour la première fois n’y figure plus le terme «accommodant». Depuis dix ans, il servait de socle à la politique monétaire des anticipations des marchés («forward guidance») de la Fed. Sa disparition laisse entendre que le FOMC considère désormais que les taux d’intérêt se rapprochent de leur niveau neutre. «La voie qu’emprunte la Fed vers les taux neutres implique qu’elle franchisse la frontière de ‘accomodant’ à ‘restrictive’», souligne Dave Lafferty, global chief strategist de Natixis Investment Managers. En conférence de presse, Jerome Powell a nuancé, en indiquant que la banque centrale préfère ne plus fournir d’estimations trop précises sur le niveau neutre auquel les taux n’entraînent ni surchauffe ni ralentissement de l'économie, au vu de son instabilité.
La Fed a aussi dévoilé ses premières prévisions sur les taux à horizon 2021. Elle les a relevées pour cette année, à 3,1%. L’an prochain, le rythme devrait ralentir à 2,5% de croissance, puis 2% en 2020, et 1,8% en 2021, l’impact des allégements fiscaux et des dépenses budgétaires mis en œuvre par l’administration Trump se dissipant progressivement.
L’inflation, elle, devrait être proche de 2% d’ici 2021, et le taux de chômage devrait tomber à 3,5% l’an prochain.
Quid de l’impact économique des tensions géopolitiques ? Face à l’escalade de la hausse de droits de douane respectifs de la Chine et des Etats-Unis, en plein litige commercial, «des préoccupations de plus en plus nombreuses se font entendre» par la Fed, a souligné Jerome Powell. Notamment de la part des entreprises. S’il est favorable à l’abaissement des barrières douanières, à l’inverse, si de nouvelles étaient dressées, les conséquences «seraient néfastes» pour l’économie américaine. Il a aussi évoqué le risque d’une accélération de l’inflation en raison des droits de douane. «On pourrait voir les prix monter», a-t-il précisé. Les entreprises pourraient alors être tentées d’augmenter leurs prix.
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