La Fed fixe à 2024 l’horizon pour une remontée des taux
Le timide début de reprise de l’économie ne suffit pas à la Fed. La Réserve fédérale a confirmé mercredi soir son engagement à soutenir l'économie face au choc provoqué par l'épidémie de coronavirus, malgré une conjoncture qui s’annonce moins dégradée que prévu en 2020.
Dans ses nouvelles projections mises à jour mercredi, la banque centrale a indiqué que ses 17 dirigeants prévoyaient tous de maintenir des taux d’intérêt proches de zéro l’année prochaine, tandis que 13 d’entre eux souhaitent prolonger le statu quo au moins jusqu'à la fin de 2023. Les taux pourraient ainsi rester inchangés jusqu’en 2024.
«La reprise progresse plus rapidement que ce qui avait été généralement prévu», mais l’activité se maintient à un niveau «nettement inférieur» à celui d’avant la pandémie et les perspectives restent particulièrement incertaines, a averti le président de la Fed, Jerome Powell, au cours d’une conférence de presse.
Un «soutien budgétaire direct»
La banque centrale poursuivra ses efforts pour soutenir l'économie, mais un «soutien budgétaire direct» pourrait également s’avérer nécessaire, a lancé Jerome Powell, message qu’il ne cesse de répéter depuis des mois, tout comme sa consoeur européenne Christine Lagarde.
Pour 2020, la Fed a revu en hausse ses prévisions, tablant sur une contraction de 3,7% du produit intérieur brut (PIB) américain, au lieu de la baisse de 6,5% anticipée jusqu'à présent. L’inflation est pour sa part attendue à 1,2% en 2020 et ne devrait pas atteindre l’objectif des 2% avant 2023. Les prévisions publiées en juin dernier couvraient une période plus restreinte courant jusqu'à la fin 2022.
Au cours des deux prochaines années, la reprise pourrait toutefois s’avérer moins rapide que prévu, selon la Fed, qui vise désormais une croissance de 4% en 2021 et de 3% en 2022, au lieu de +5% et +3,5% jusqu'à présent. Ces nouvelles projections intègrent l’hypothèse d’un nouveau plan de relance budgétaire, même si des questions demeurent sur l’ampleur et le calendrier de ce dernier, a souligné Jerome Powell.
Après la forte contraction d’activité du printemps pendant la période de confinement, l'économie américaine a connu ces derniers mois un rebond plus marqué que ce qu’avait anticipé la Fed en juin. Le taux de chômage est notamment tombé à 8,4% en août, alors que la Fed s’attendait à le voir se maintenir entre 9% et 10% jusqu’au quatrième trimestre. L’institution vise désormais un taux de chômage de 7,6% à la fin de l’année.
Nouvelle stratégie face à l’inflation
La Fed a comme prévu maintenu ses taux dans une fourchette comprise entre 0 et 0,25% mercredi, et a confirmé qu’elle conserverait des taux quasi nuls tant que l'économie américaine n’aurait pas clairement surmonté la crise actuelle et que l’inflation n’aurait pas renoué avec son objectif annuel de 2%.
Cette remontée des prix, qui dépendra de l'état du marché du travail, pourrait prendre plusieurs années, les dernières projections de la Fed tablant sur une inflation de 1,8% en 2022 et de 2% seulement en 2023.
La Fed a adopté en août une nouvelle stratégie en matière de hausse des prix pour tenir compte des périodes prolongées de faible inflation observées ces dernières années. La banque prévoit désormais de laisser filer l’inflation temporairement au-dessus de son objectif de 2% afin de compenser les périodes prolongées de faible hausse des prix.
«Ces changements clarifient notre engagement en faveur d’un horizon temporel plus long», a déclaré Jerome Powell.
L’objectif de 2% d’inflation par an est maintenu mais doit désormais être compris comme une moyenne, ce qui devrait conduire à un assouplissement de la politique monétaire américaine sur le long terme. Une telle évolution vise à soutenir le marché de l’emploi qui constitue avec l’inflation l’un des deux mandats de la banque centrale.
La Fed conserve pour objectif un taux annuel d’inflation de 2% dans le cadre de sa stratégie, mais la banque centrale a précisé fin août qu’elle «cherch[ait] à atteindre une inflation moyenne de 2% au fil du temps».
La banque centrale a par ailleurs indiqué mercredi qu’elle maintiendrait ses rachats d’actifs à un rythme inchangé. La Fed a lancé en mars un vaste programme de rachat d’obligations du Trésor et de titres obligataires afin de stabiliser les marchés financiers et d’injecter des liquidités face aux tensions provoquées par l'épidémie de coronavirus.
Depuis la mi-juin, le montant de ces rachats a été de 80 milliards de dollars par mois pour les obligations du Trésor et de 40 milliards de dollars par mois pour les titres hypothécaires.
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