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La Chine, facteur de soutien ou de déstabilisation du commerce mondial ?
Depuis le début de l’année 2025, les nombreuses annonces du président américain Donald Trump et de son administration en matière de protectionnisme commercial ont fait craindre le pire en ce qui concerne les perspectives de commerce international. En renchérissant le prix de leurs importations, les volumes achetés par les Etats-Unis doivent en théorie être réduits. Par effet de ricochet sur des chaînes de production mondialisées, la demande pour les biens exportés par les pays fournissant les Etats-Unis aussi. Outre ces effets directs sur les flux de commerce, le niveau historiquement élevé des incertitudes économiques affecte la confiance des entreprises et des ménages, et donc indirectement les perspectives d’investissement et de consommation.
Mais, quelques semaines après ces décisions américaines, force est de constater que ces risques ne sont pas encore totalement matérialisés : alors que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) prévoyait une baisse des volumes commercés à l’international en avril dernier (-0,2%, contre +2,7% s’il n’y avait pas eu de changement de politique américaine), elle a ajusté cet été sa prévision à +0,9%, un niveau certes faible mais légèrement positif. Comment expliquer cette révision à la hausse ?
Anticipation
D’abord et surtout, beaucoup d’exportateurs ont anticipé l’instauration effective des droits de douane supplémentaires en envoyant leurs marchandises le plus vite possible aux Etats-Unis, ce qui a gonflé artificiellement et temporairement les chiffres d’importations américaines en début d’année.
Ensuite, le niveau d’incertitude économique sur le commerce international, mesuré par Economic Policy Uncertainty a un peu baissé depuis le début de l’été, même s’il est toujours à un niveau similaire à celui du pic observé durant le premier mandat de Donald Trump à la Maison-Blanche.
Et enfin, face à cette nouvelle donne amenée à durer aux Etats-Unis, de plus en plus de pays cherchent de nouveaux relais de croissance à l’export. Par exemple, l’Union européenne a relancé ses discussions en vue de trouver un accord de libre-échange avec l’Inde, au moment où les deux grandes puissances se voyaient ciblées par les Etats-Unis. Même chose au Brésil, où la recrudescence des tensions commerciales avec l’administration américaine durant l’été a coïncidé avec la signature de plusieurs accords bilatéraux avec le Nigeria afin relancer les échanges commerciaux entre les deux pays.
La stratégie de la Chine s’inscrit dans une logique comparable : si ses exportations vers les Etats-Unis sont sans surprise en chute depuis le début de l’année (-22% en valeur sur un an en juillet) en raison des droits de douane plus élevés, celles vers le reste du monde compensent ce recul. Les exportateurs chinois vendent désormais davantage de marchandises aux autres économies asiatiques (notamment le Vietnam, Taïwan et la Thaïlande), à certains pays d’Amérique latine (Argentine, Chili, Colombie) et, dans une moindre mesure, à l’Europe (Allemagne, France et Italie). Mais ce sont les ventes destinées à l’Afrique qui ont le plus fortement progressé (+42% en valeur sur un an en juillet, contre +6% seulement en moyenne au cours des cinq années précédentes). Elles devraient ainsi dépasser pour la première fois 200 milliards de dollars cette année.
La Chine se renforce en Afrique
Si cette tendance perdure, le risque est évidemment que cette nouvelle concurrence affaiblisse les entreprises locales, en Afrique comme dans les autres régions. Mais en sens inverse, pour faciliter l’accès à son propre marché, le président Xi Jinping a annoncé en juin 2025 la suppression des droits de douane sur les importations des 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin. Certes, parmi elles, 33 (celles avec le niveau de revenu par habitant le plus bas) bénéficiaient déjà d’une telle exemption. Mais pour 20 économies africaines supplémentaires, cet abaissement des droits de douane chinois pourrait donc s’avérer bénéfique. Et si ces effets ne seront dans le plupart des cas pas suffisants pour totalement compenser les conséquences du protectionnisme américain, ils les atténueront. La Côte d’Ivoire, le Zimbabwe, la Namibie et, dans une moindre mesure, l’Afrique du Sud, devraient le plus en profiter.
Ainsi, alors que la Chine s’est progressivement imposée depuis vingt-cinq ans et son entrée dans l’OMC comme le premier partenaire commercial du continent, elle profite du changement de politique commerciale des Etats-Unis (qui ne devraient très probablement pas renouveler l’African Growth and Opportunity Act – AGOA – garantissant un accès facilité au marché américain pour certaines exportations africaines et arrivant à échéance à la fin du mois de septembre) pour consolider cette place de leader.
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