La CFTC rouvre les hostilités avec l’Europe sur la régulation des dérivés
Gary Gensler enfonce le clou. Le président de la Commodities Futures Trading Commission (CFTC) a réitéré hier sa volonté d’ouvrir à tous types d’intervenants (banques, hedge funds, institutionnels…) les swap execution facilities (SEF), ces nouvelles plates-formes électroniques de dérivés instaurées par la loi Dodd-Frank aux Etats-Unis et lancées début octobre.
Quelque 18 SEF ont été enregistrées auprès du régulateur par Icap, GFI ou encore Bloomberg, et traitent environ 250 milliards de dollars de swaps chaque jour, a indiqué Gary Gensler. L’accès «impartial» aux SEF constitue une pierre dans le jardin des grands courtiers interbancaires et de la poignée de grandes BFI qui dominent le marché.
Ces déclarations font suite à la publication, la semaine dernière, de deux textes controversés. La CFTC ne souhaite pas seulement ouvrir à la concurrence la plus large le marché des dérivés grâce aux SEF. Elle a aussi réaffirmé, le 14 novembre, sa propension à réguler au-delà de sa juridiction, en publiant une «guidance» destinée à mettre fin à un vide juridique.
L’autorité souhaite soumettre à sa loi toutes les transactions nouées entre contreparties américaines, même si celles-ci sont enregistrées en-dehors des Etats-Unis. Les grandes firmes de Wall Street estimaient qu’elles pouvaient y échapper en demandant aux courtiers interbancaires de comptabiliser dans des filiales à l’étranger des transactions sur swaps menées aux Etats-Unis. Une interprétation qu’Icap avait cependant contestée.
La «guidance» de la CFTC risque de rouvrir les hostilités avec l’Europe. Elle «soulève des questions» à Bruxelles «en raison de sa potentielle application extraterritoriale», a reconnu hier la porte-parole du commissaire européen aux services financiers Michel Barnier. Or la Commission et l’autorité américaine avaient signé en juillet un pacte de non-agression pour éviter d’empiéter sur leurs juridictions respectives et de créer une situation inextricable pour les acteurs des marchés dérivés.
Sur ce sujet, l’Autorité européenne des marchés (Esma) a d’ailleurs publié hier ses propres règles sur la compensation des dérivés de gré à gré traités entre deux contreparties non ressortissantes de l’Union européenne. Ces transactions seront soumises au règlement Emir si elles sont exécutées à travers des filiales situées dans l’UE, ou si l’une des contreparties fait porter un risque (via une garantie) à une institution financière de l’UE.
Plus d'articles du même thème
-
Paris cherche à préserver un vernis de crédibilité budgétaire
Pour éviter que les taux s’emballent et ne pèsent encore davantage sur les coûts de financement de la dette, le gouvernement a présenté son budget 2027 avec 43 milliards d’euros d’économies et hausse d'impôts largement réparties, mais préservant les investissements dans la défense. -
Paramount s'ouvre au prix fort la voie à sa mégafusion avec Warner
Paramount a conclu, mercredi 30 septembre, un accord avec douze Etats américains, ouvrant la voie à sa fusion à 110 milliards de dollars âprement négociée avec Warner Bros. Discovery. Il vient aussi de boucler une émission de dette de 52 milliards de dollars. Mais ce rachat lui coûtera bien plus cher que prévu en raison de la hausse des taux d'emprunt. -
Oddo BHF nomme un nouveau directeur général
Gonzague Depouilly rejoint le pôle Corporate Finance, avec un périmètre centré sur l’énergie et la défense.
ETF à la Une
WisdomTree mise sur des ETF à rendement défini
- L'ACPR stoppe Wakam dans sa course en l'obligeant à cesser ses souscriptions
- Laura Denis, un air frais souffle sur Bercy
- TotalEnergies va augmenter son dividende et réduire sa dette
- Le Crédit Agricole et UniCredit envisageraient de se partager l’italien Banco BPM
- Les successions font flamber les rémunérations aux Etats-Unis
Contenu de nos partenaires
-
Spiritueux d'exception : le sacre des métiers d'art
Les premiers crus dévissent, mais dans les chais et les ateliers, maîtres assembleurs, cristalliers et moines façonnent de nouveaux objets de désir. -
Des Michel-Ange pur sucre
Longtemps éclipsés par les chefs cuisiniers, les pâtissiers sont devenus de véritables têtes d'affiche. Une revanche dopée notamment par les réseaux sociaux. -
La relève au bout des doigts
Afin d'assurer la continuité de leurs ateliers, les Maisons de luxe multiplient les initiatives pour transmettre leurs savoir-faire et donner envie aux nouvelles générations de faire carrière avec leurs mains.