La CDC se donne trente mois pour changer de culture

La Caisse des dépôts devra faire la preuve de sa capacité à faire travailler ensemble ses composantes. Une stratégie qui n’est pas sans obstacles
Antoine Landrot

La Caisse des dépôts (CDC) a deux ans et demi pour mettre en pratique le discours mobilisateur de Jean-Pierre Jouyet, son directeur général. La vénérable institution publique, qui fêtera ses 200 ans en 2016, veut en effet «moderniser» son fonctionnement en encourageant les coopérations transversales entre l’établissement et ses nombreuses filiales concurrentielles. Un objectif ambitieux.

Devant les 3.500 cadres du groupe réunis vendredi, la direction a défini plusieurs priorités afin de mettre la CDC en phase avec les évolutions économiques: les infrastructures et les transports (dont le tourisme), la transition énergétique et écologique, le logement et le numérique. Le soutien aux entreprises, à travers Bpifrance (où la CDC entend conserver son rôle central), et l’activité de mandataire et gestionnaire de confiance demeureront des axes importants.

Les trois premiers pôles s’appuieront sur un «référent»: respectivement Dominique Marcel (PDG de la Compagnie des Alpes), Pierre Ducret (PDG de CDC Climat) et André Yché (du groupe SNI) pour le logement. Trois autres référents joueront le rôle de coordinateurs avec Jean-Pierre Jouyet: Odile Renaud-Basso (DG adjointe de la CDC), Franck Silvent (directeur finances, stratégie et participations) et Catherine Mayebone, directrice de cabinet.

Le terme «référent» n’est pas innocent. Le poste est volontairement non hiérarchique. Les pôles ne seront pas dotés de collaborateurs exclusifs. L’idée force est de favoriser le travail en commun. Mais étant donné la culture de la CDC, «le fonctionnement en réseau et en mode projet n’est pas gagné d’avance. La manière dont le projet sera décliné sur le terrain reste une énigme», nuançait un témoin contacté par L’Agefi.

L’objectif est de supprimer les doublons opérationnels: «Sur un même dossier, il n’est pas rare de voir des représentants de la CDC et ceux d’une, voire de plusieurs filiales», indique un délégué syndical. «Les filiales concurrentielles et l’établissement public ont parfois du mal à travailler de conserve», confirme un autre.

Le plan se heurte à une première gageure: négocier des accords sociaux pour faciliter la mobilité au sein de l’ensemble du groupe. L’autre difficulté, craignent certains témoins, pourrait venir de concurrents des filiales de la CDC, qui, lors d’appels d’offres, pourraient soulever des sujets de concurrence et de conflit d’intérêts - la Caisse pouvant intervenir également dans le volet financement de ces opérations.

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