La BCE planche sur un système de taux négatifs à la carte
A une semaine de leur réunion de jeudi prochain qui devrait entériner de nouvelles mesures, les membres de la Banque centrale européenne (BCE) réfléchissent à un système de taux négatifs qui ne soit pas trop pénalisant pour les banques européennes, selon Bloomberg. Benoît Cœuré a d’ailleurs réaffirmé mercredi l’importance de ces dernières comme canal de transmission de la politique monétaire. Il indique que la faiblesse des rendements assurée par la politique ultra accommodante de la BCE a permis à «un grand nombre de banques de plus que compenser la baisse de leurs revenus grâce à la hausse de leurs volumes de prêts, des dépenses d’intérêts et des provisions sur risque plus faibles, et des gains en capitaux».
«A l’heure actuelle, l’effet le plus défavorable des taux négatifs sur les banques provient de l’écart entre le taux de refinancement (+0,05%) et le taux de dépôt (-0,30%)», précise Louis Harreau, économiste chez CA CIB. Avec un excès de liquidités de 650 milliards d’euros, sur lesquel les banques de la zone paient un taux de 0,05% lorsqu’elles empruntent à la BCE et de 0,30% lorsqu’elles y déposent leurs avoirs, le coût total pour le secteur se monte à 2,27 milliards d’euros par an. Dans ce contexte, si toute nouvelle baisse du taux de dépôt de 10 pb a un coût total supplémentaire de 650 millions d’euros, il serait cependant nul si l’autorité baisse d’autant son taux de refinancement.
L’autre option est un système «dual» équivalent à celui de la Banque nationale suisse et de la Banque du Japon qui permettrait une re-pentification de la courbe. Le spread entre le taux à 3 mois et 10 ans a chuté de 35 pb depuis le début de l’année et de 100 pb en deux ans, à 75 pb, ce qui pèse sur les profits des banques. CA CIB estime en outre que l’application d’un taux de -0,2% sur les 350 premiers milliards d’euros d’excès de liquidités et de -0,40% au-delà serait neutre pour le secteur et suffisant pour que l’Eonia reste proche du taux de dépôt.
La BCE fait face à un système bancaire fragmenté, qui permet aux banques des pays périphériques de ne pas être pénalisées par les taux négatifs dans la mesure où elles ne détiennent pas un montant élevé de réserves excédentaires et n’utilisent pas la facilité de dépôt. En revanche, les pays les plus touchés sont l’Allemagne et la France. BNP Paribas estime néanmoins que le coût moyen d’une baisse simple du taux de dépôt de 10 pb est limité entre 250.000 euros et 10 millions d’euros par établissement cœur.
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