La BCE parle, les taux montent
Après la présidente de la Banque centrale européenne lundi, Philip Lane et Isabel Schnabel, deux autres membres du directoire de la BCE, ont exprimé jeudi leur préoccupation concernant la remontée des taux, sans effet sur les marchés. Dans le sillage du taux des américains à 10 ans, qui ont dépassé 1,50%, l’OAT à 10 ans est repassée pour la première fois depuis juin en territoire positif (à 0,06% jeudi soir), et le Bund à 10 ans est désormais à -0,20%, en hausse de 35 points de base en un mois.
La BCE surveille attentivement l’évolution des taux longs, mais privilégie deux indicateurs clés pour évaluer le caractère favorable des conditions de financement, a détaillé Philip Lane : «Les deux principales courbes de rendements dans la zone euro pour les conditions de financement dans l’ensemble des secteurs de l’économie sont celle des swaps indexés à un jour (OIS) - une mesure des taux sans risque - et celles des taux souverains pondérés par PIB. Nos mesures de politique monétaire contribuent à les préserver à des niveaux favorables», a ajouté le chef économiste. Il a encore insisté sur le rôle du programme d’achats d’urgence (PEPP) pour, suite à la déconnexion temporaire du printemps 2020, faire converger ces courbes (sur la base des maturités à 10 ans) qui interagissent avec les autres financements et déterminent donc une part de la transmission monétaire de la BCE.
L’effet d’apaisement de ce discours «dovish» a duré trente minutes. La BCE peine à convaincre de sa capacité à influencer le niveau de l’inflation, qu’elle place elle-même à 1,4%... en 2023. «Nous y croyons encore, malgré six mois de mauvaises nouvelles, car, sans ses interventions, la zone euro serait probablement en déflation. Mais cela dépend du soutien budgétaire, estime Frederik Ducrozet, stratégiste taux chez Pictet WM. Les meilleures ‘conditions de financement’ recherchées restent opaques, et plus que la remontée, c’est l’accélération brutale des taux réels sans vraie reprise économique qui peut faire peur, comme l’a rappelé Isabel Schnabel dans la matinée.»
La BCE a accéléré le rythme des achats PEPP depuis le 8 février, à 3 milliards par jour contre 2,6 en décembre-janvier. «Tout le monde va regarder attentivement ces données hebdomadaires à partir de lundi, avec le risque de déception si les chiffres sont plus faibles et que les taux montent, ou même si les chiffres sont plus élevés et que les taux montent aussi», poursuit Frederik Ducrozet, pour qui «une petite temporisation dans l’attente de connaître tous les ressorts de ces hausses peut se comprendre.»
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