La BCE échoue à relever les anticipations d’inflation
Même les économistes de la Banque centrale européenne (BCE) ne croient plus à un retour rapide à l’objectif cible d’une inflation «proche, mais inférieure à 2%». Ils s’attendent désormais à une inflation à 0,1% cette année contre 1% de prévu en décembre dernier, 1,3% contre 1,6% pour 2017, avant de finalement atteindre 1,6% en 2018. Pour Frédérick Ducrozet, économiste chez Pictet, soit «le staff de la BCE n’a pas incorporé l’effet attendu des nouvelles mesures», soit «la BCE a décidé d’abaisser plus généralement ses prévisions» pour ne plus décevoir.
Les anticipations d’inflation n’ont que peu bougé suite aux annonces, et leur hausse depuis la fin février «est d’abord une réaction retardée au comportement du prix du brut», explique René Defossez, stratégiste fixed income chez Natixis. De fait, «les causes de la faiblesse de l’inflation ne peuvent pas être corrigées par la BCE». La chute du prix du pétrole, la faiblesse de la croissance mondiale et de la reprise européenne, ainsi que l’évolution timide des salaires sont hors du champ d’action direct de la BCE.
La politique monétaire ne peut pas tout
Des limites reconnues implicitement par Vitor Constâncio, dans son plaidoyer pour la politique monétaire publié vendredi sur le site de l’institution. Il ne faut pas tirer de conclusions hâtives sur les chiffres de l’inflation, argumente le vice-président de l’institution, «ce qu’il importe véritablement d’examiner est ce qui se serait produit si la politique n’avait pas été adoptée.»
En d’autres mots, la politique monétaire ne peut pas tout faire toute seule. Pour René Defossez, «le mieux serait un plan en trois volets, sur le modèle de l’Abenomics, mais aujourd’hui on n’a que le volet monétaire, il y a des blocages à une relance budgétaire et certains pays ont du mal à réformer leur économie. Mario Draghi étant le seul à pouvoir agir, il y va.» Ce que le gouverneur de la banque centrale reconnaît: «afin de maximiser les bénéfices tirés de notre politique monétaire, d’autres domaines politiques doivent crucialement y contribuer.»
Et ce d’autant plus qu’un cercle vicieux pourrait s’enclencher, craint René Defossez, «la situation est dangereuse, l’inflation globale semble tirer vers le bas l’inflation sous-jacente, il y a un risque de réajustement de tous les prix et des salaires à la baisse. Et les mesures de la BCE ne sont pas forcément adaptées pour lutter contre ces effets de second tour.»
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