Kepler Cheuvreux et Macquarie s’allient face à la crise du courtage actions
Les alliances défensives se poursuivent dans le courtage sur actions. Le courtier français Kepler Cheuvreux et la banque australienne Macquarie ont annoncé hier «un accord de coopération dans le but de créer une plate-forme de global program trading (programmes informatiques d’achat et vente simultanés, ndlr) et de distribuer leur recherche actions dans leurs marchés respectifs en Europe et en Asie-Pacifique (APAC)». «L’offre combinée permettra à plus de 2.000 clients institutionnels d’avoir accès à 2.000 actions couvertes», précise un communiqué commun.
Cette alliance commerciale réciproque remplace celle nouée en 2015 par Kepler Cheuvreux avec la banque malaisienne CIMB en Asie-Pacifique. Elle s’ajoute aux partenariats de distribution déjà conclus par le français avec la boutique Piper Jaffray aux Etats-Unis et avec la banque CIBC au Canada, en portant à 3.000 le nombre d’actions suivies en direct ou indirectement. Ces collaborations prolongent les opérations de consolidation capitalistique du courtage européen menées par Kepler Cheuvreux depuis le rachat de Cheuvreux au Crédit Agricole en 2013, avec la reprise de desks ou d’activités d’UniCredit, Rabobank, Belfius et Swedbank.
100 suppressions de postes
Une fois opérationnel, début 2020, le partenariat avec Kepler Cheuvreux doit permettre à Macquarie de continuer à servir ses clients en Europe et aux Etats-Unis, tout en se délestant d’une partie importante de son dispositif. Dévoilé également hier, le recentrage drastique de ses activités de marchés va entraîner «une présence réduite dans le cash actions domestique en EMEA (Europe, Moyen-Orient, Afrique, ndlr) et en Amériques», indique un communiqué distinct. Après s’être retirée du Canada et du Moyen-Orient au printemps, la banque australienne va supprimer une centaine de postes dans ces métiers à New York, à Londres et en Afrique du Sud, confirme à L’Agefi une source proche du dossier. Seule une poignée de professionnels demeurera en soutien de la clientèle asiatique.
Ce mouvement fait écho au repli actuel de grandes maisons comme HSBC ou Deutsche Bank, ou encore au recentrage de Natixis qui a transféré son courtage actions à Oddo BHF, et de BNP Paribas qui a confié sa recherche asiatique à Morningstar cet été. Affecté par la baisse des volumes traités sur les marchés actions et la réglementation croissante – en particulier Mifid 2 en Europe –, Macquarie semble avoir opté pour un virage à 180 degrés dans les actions cotées : il y a un an, le leader mondial du marché non-coté des infrastructures était donné candidat au rachat du courtier londonien Liberum… «C’était des rumeurs de marché. Macquarie a signalé depuis des années la pression croissante sur les marchés actions, que la banque a essayé de surmonter en continuant à investir», assure la source. Au cours de l’exercice clos au 31 mars, les revenus du groupe ont chuté d’un tiers dans le courtage actions, à 242 millions de dollars australiens (149 millions d’euros).
Exit le malaisien CIMB
Pour Kepler Cheuvreux, premier courtier indépendant paneuropéen, le partenariat avec Macquarie est «une marche importante dans notre développement, avec une banque solide et d’envergure en Asie-Pacifique», affirme Guillaume Cadiou, président du directoire. «C’est une alliance entre égaux. Nous avons la même taille en nombre de bureaux, de valeurs couvertes et d’analystes que Macquarie en Asie», poursuit le dirigeant. Kepler Cheuvreux revendique plus de 1.200 clients institutionnels et 130 analystes couvrant plus de 1.000 actions, quand Macquarie sert plus de 1.000 institutionnels en Asie-Pacifique avec plus de 100 analystes pour près de 1.200 valeurs locales.
Depuis quatre ans, Kepler Cheuvreux collaborait dans la région avec la banque malaisienne CIMB, mais les ambitions des deux parties ont été revues à la baisse, avant que le contrat soit dénoncé mutuellement ce mois-ci selon le groupe français. «L’accord était plus réduit et pas suffisamment symétrique, explique Guillaume Cadiou. Il portait surtout sur la vente de recherche sur actions européennes en Asie. Nos deux vendeurs basés à Hong Kong vont d’ailleurs rejoindre les bureaux de Macquarie». En revanche, aucun transfert d’équipe n’est prévu entre les deux maisons. En Europe, Kepler Cheuvreux espère récupérer des clients de la banque australienne, qui dispose d’un portefeuille d’institutionnels suivis à Londres, mais ne donne pas de chiffres.
Ordres électroniques
Pour se démarquer de la concurrence, les deux partenaires mettent aussi en avant leur offre d’algorithmes de trading. «Nous aurons la seule offre globale d’exécution, en dehors des grandes maisons américaines», affirme Guillaume Cadiou. Aux Etats-Unis, le groupe européen pourra proposer à ses clients de passer des ordres électroniques via Macquarie, ou à la voix via Piper Jaffray. En parallèle, la banque australienne indique rechercher «un partenaire stratégique en Amériques pour vendre sa recherche APAC».
Chez Kepler Cheuvreux, l’annonce d’hier ne clôt pas les réflexions. «Nous avons toujours la volonté de nous développer via des partenariats», assure Guillaume Cadiou, arrivé chez le courtier en 2018 au moment de l’entrée au tour de table d’Atlas Merchant Capital, la boutique de l’ancien patron de Barclays Bob Diamond, et du fonds français Eres (Edmond de Rothschild Equity Strategies). «Cette année, le marché souffre d’une baisse de 20% des volumes exécutés en Europe sur les actions. Nous sommes moins impactés que nos concurrents et notre part de marché augmente en recherche, avec 250 nouveaux clients en net», poursuit-il. La société ne communique pas son chiffre d’affaires prévisionnel. En 2018 il avait atteint 255 millions d’euros, contre 253 millions un an plus tôt.
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