Icap devient le premier acteur non bancaire sanctionné dans le dossier Libor
Dans le scandale de la manipulation du Libor, le processus est désormais bien rodé. Les entreprises impliquées dans l’affaire paient rubis sur l’ongle pour mettre fin aux poursuites, tandis que la publication des enquêtes des régulateurs apporte son lot de détails croustillants et embarrassants sur les pratiques des traders. Hier, après Barclays, RBS et UBS, le courtier britannique Icap a dû faire à son tour amende honorable.
Pour la première fois, un acteur non bancaire est donc sanctionné dans le dossier. Premier courtier interbancaire au monde, Icap a dû payer l’équivalent de 55 millions de livres: 14 millions de sterling à la Financial Conduct Authority britannique, et 65 millions de dollars à la CFTC américaine.
Par rapport aux standards du Libor, un dossier qui a déjà coûté 2,5 milliards de dollars aux trois premières banques mises en cause, le courtier britannique semble donc limiter la casse. A l’annonce de la sanction, son action a brièvement rebondi de plus de 3,5%. Mais rapportée au résultat d’exploitation annuel (à fin mars 2013) du groupe, soit 308 millions de livres, l’amende est élevée. Et Icap n’en a pas fini avec les autorités. Il est également visé par l’enquête que la CFTC mène sur Isdafix, la référence du marché des swaps, qui pourrait elle aussi avoir été manipulée.
Trois anciens collaborateurs d’Icap, un Néo-zélandais et deux Britanniques, ont par ailleurs été inculpés de fraude informatique et d’association de malfaiteurs par le département de la Justice américain. La CFTC et la FCA ont publié de larges extraits des messages que s’échangeaient les trois courtiers, actifs sur le marché cash, pour l’un (Colin Goodman), et sur les dérivés, pour les deux autres (Darrell Read et Daniel Wilkinson).
La manipulation a touché le Libor yen entre octobre 2006 et novembre 2010. A la demande d’un trader d’UBS déjà cité dans le scandale, Tom Hayes, gros client des deux courtiers sur le desk dérivés, Colin Goodman tentait d’influencer les banques qui faisaient partie du panel. Des contributeurs au Libor qualifiés de «moutons» par l’intéressé, si sûr de sa capacité à influer sur le marché qu’il se surnommait lui-même «Lord Libor». De fait, la CFTC s’est aperçue que deux banques soumettaient dans 90% des cas au panel Libor yen des taux exactement conformes à ceux que leur avait suggérés le courtier d’Icap.
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