GameStop fait prendre une nouvelle tournure au marché actions
GameStop semble avoir vécu son heure de gloire. L’action du distributeur américain de jeux vidéo chutait de plus de 25% lundi dans une séance de nouveau très volatile, alors que les intérêts vendeurs sur la valeur se sont effondrés à 53% des actions disponibles après avoir atteint un plus haut de 140% la semaine passée.
GameStop est au cœur d’une croisade menée par des milliers de boursicoteurs aux Etats-Unis, réunis au travers du forum de discussion WallStreetBets du site Reddit, contre des hedge funds pratiquant la vente à découvert. Cela a provoqué l’un des plus importants short squeeze jamais enregistré sur le marché. Les valeurs les plus shortées ont rebondi la semaine passée sur l’ensemble des places boursières causant des pertes pour de nombreux hedge funds les obligeant à couvrir ces positions mais aussi à vendre des positions longues de bonne qualité pour refinancer leurs pertes.
Bien sûr, cette irruption des particuliers sur les marchés financiers n’est pas inédite. «L’influence des investisseurs individuels est une tendance récurrente dans l’ensemble des classes d’actifs dont l’activité sur certains produits ou type de trading peut déterminer la direction du marché dans certaines périodes limitées», note John Normand, stratégiste cross-asset chez JPMorgan. Il rappelle notamment qu’une première vague de particuliers avait déferlé sur la Bourse à la fin des années 1990 mais qu’il existe d’autres exemple sur les devises (le yen) ou les matières premières (l’or) ainsi que les cryptomonnaies. Néanmoins le phénomène semble à son paroxysme : les mêmes stratégistes de JPMorgan notent que la participation des particuliers n’avait jamais été aussi élevée à Wall Street.
David Kostin, stratégiste actions chez Goldman Sachs, rappelle que le marché a connu un certain nombre de short squeeze au cours des 25 dernières années (janvier 1999, mars 2000, juin 2009 et juin 2020) mais aucun de l’ampleur de celui causé par ceux que certains appellent l’armée Reddit. «Pendant ces trois derniers mois, un panier des 50 valeurs les plus shortées de l’indice Russell 3000 a bondi de 98%, explique-t-il. Cela dépasse les précédents rebonds». Et la performance est d’autant plus inhabituelle que les intérêts vendeurs sur le marché sont à un plus bas depuis 25 ans (1,5% de la capitalisation mondiale). «Le récent short squeeze s’est fait sur des positions short très concentrées sur des petites valeurs», ajoute David Kostin pour qui cela montre que des excès dans certaines parties du marché, même limitées, peuvent avoir un effet domino. Les 50 valeurs les plus détenues par les hedge funds ont reculé de 4% la semaine passée, selon Goldman Sachs. Par ailleurs, les hedge funds n’avaient pas réduit leurs expositions d’autant depuis février 2009, selon la banque américaine : «les fonds ont vendu des positions longues et couvert des positions vendeuses dans tous les secteurs».
L’argent dans le viseur
Les régulateurs ou les limites de risque imposées aux brokers pourraient diminuer l’effet des investisseurs particuliers sur le marché mais ces derniers disposent aujourd’hui de réserves de cash suffisamment importantes pour que ce boum du trading se poursuive, selon Goldman Sachs. Contrairement à 2000, quand l’activité sur les marchés actions a atteint son pic, l’activité sur les cartes de crédit a baissé en 2020, les comptes de dépôts ont gonflé de 4.000 milliards de dollars et l’épargne de 5.000 milliards. Ce à quoi devraient s’ajouter les prochains chèques envoyés aux ménages dans le cadre du plan de soutien de Joe Biden.
Et les investisseurs particuliers, empêchés d’acheter certaines valeurs, semblent changer de dimension en s’attaquant à un marché de taille : celui de l’argent. Certains affirment qu’il s’agit du plus important short au monde, orchestré par les banques, recommandant l’achat de l’ETF iShares Silver Trust. Ce dernier a reçu un montant record de souscriptions. Des plateformes spécialisées dans la vente d’argent ont dû stopper les transactions, une première. Résultat, le prix de l’argent a atteint un plus haut de huit ans hier à plus de 30 dollars. Des valeurs minières étaient également recherchées. Mais le pari sur l’argent est plus contesté. Certains internautes soupçonnent même une manipulation de la part de certains hedge funds.
Pas de grand soir boursier
Pour autant, personne ne croit au grand soir boursier. «Qu’est-ce qui pourrait être si systémique dans un short squeeze de quelques small caps ?, s’interrogent les analystes de JPMorgan. Potentiellement pas grand-chose au-delà de deux à trois semaines, si ce n’est un débat de fond sur la stabilité financière. A court terme, la préoccupation est que l’activité du retail réelle ou redoutée pourrait entraîner des rachats de couverture additionnels, des pertes et un deleveraging des hedge funds et raviver une spirale négative». Or dans le contexte d’attente d’un rebond prochain de l’économie, toute correction du marché pour des facteurs techniques est une bonne occasion pour les investisseurs de rentrer dans le marché ou de renforcer leurs positions vu les niveaux actuels de valorisation, selon JPMorgan. Les stratégistes de Goldman Sachs rappellent qu’au cours des périodes qui ont suivi des short squeeze, les marchés ont toujours affiché des performances positives lorsque le contexte économique était favorable. «Si la croissance reste le principal moteur des actions, les investisseurs ont des raisons d’être optimistes», relèvent-ils.
Reste que cet épisode risque de laisser des traces. «Si cet événement devient un phénomène récurrent, certains de ses effets pourraient s’inscrire dans la durée. Un tel phénomène pourrait entraîner une réticence à vendre à découvert certains titres, ce qui réduirait l’efficacité informationnelle des cours des actions. Les investisseurs qui sélectionnent les titres devraient également en tenir compte. Cela pourrait influencer leur décision d’investir dans les petites ou grandes entreprises, les actions ou les obligations», affirme William de Vijlder, chef économiste chez BNP Paribas. Et donc accroître la prime de risque demandée et influencer le coût du capital des entreprises.
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