Francfort, on a un problème !

La dérive des taux et des spreads de la France touche par contagion l’ensemble de la zone euro. Si elle s’accentue, la BCE ne pourra rester longtemps l’arme au pied.
Directeur de la rédaction
BCE
 -  Bloomberg
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  • La dérive des taux d’intérêt français pénalise désormais l’ensemble de la zone euro par contagion.
  • L'écart de rendement avec l’Allemagne a doublé en trois mois pour atteindre environ 150 points de base.
  • La Banque centrale européenne pourrait être contrainte d’intervenir pour limiter cette déstabilisation.

Où s’arrêtera-t-il ? L’écart de rendement entre les taux français et allemands tutoie désormais 150 points de base et a doublé en trois mois. L’approche du seuil symbolique de 5% de rendement des emprunts à dix ans semble servir de corde de rappel, mais pour combien de temps ? Oui, la France parvient toujours à emprunter sans difficulté, et elle l’a fait encore ce 1er octobre en y mettant le prix, mais la capitulation des marchés obligataires ces derniers jours est aussi spectaculaire qu’inquiétante. Elle s’est étendue, jeudi, à l’ensemble des banques européennes.

EditoGarabedian
Alexandre Garabedian, directeur de la rédaction de L’Agefi  - 

Notre pays est devenu le maillon faible de la zone euro. Lors de la crise de 2011, puis à l’occasion de ses répliques, c’est l’Italie qui jouait le rôle du malade. A l’époque, le « spread » faisait l’ouverture des journaux télévisés transalpins. Rien de tel chez nous, où la déconnexion entre les discours des présidentiables et le réel, entre l’horizon des élections et celui des investisseurs, n’a jamais semblé aussi forte. Le premier ministre a bien tenté, avec un projet de budget bâti sur des hypothèses optimistes, d’envoyer un message de responsabilité à nos créanciers. Peine perdue : ces derniers ne sont plus dupes des éternelles promesses non tenues. Ils savent, surtout, que la situation politique est inextricable au moins jusqu’à la constitution d’une nouvelle Assemblée nationale en juin 2027, autant dire une éternité.

Personne ne pourra assister à la dérive des taux longs sans réagir. La chute de la France entraînerait celle d’un bloc monétaire aux vices de conception bien connus : c’est à la fois notre chance et notre malédiction, puisque le sentiment d’impunité budgétaire a encouragé toutes nos lâchetés. La Banque centrale européenne devra probablement s’inviter dans la conversation afin de limiter la contagion, au moment même où les grandes capitales négocient la succession de sa présidente Christine Lagarde. D’autant que le resserrement rapide des conditions financières dans l’ensemble des pays de la zone euro questionne désormais le rythme souhaitable de son resserrement monétaire.

La BCE dispose de plusieurs outils : intervention verbale, annonce d’un maintien de la taille de son bilan, et en dernier ressort, cet instrument conçu pour n’être jamais utilisé, le TPI, qui permet d’acheter des titres sur le marché secondaire sous conditions strictes pour garantir la bonne transmission de la politique monétaire. Les plus habiles, à Francfort, plaideront l’impact de la guerre en Iran et de la grève générale des « bond vigilantes », des Etats-Unis au Japon en passant par le Royaume-Uni, pour expliquer que la France n’est pas responsable de tous ses maux. Maigre consolation.

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