Forte d’une économie plus résistante que prévu et de conditions financières encore accommodantes, l’Europe doit en 2026 faire davantage que s’adapter. Les débats à venir sur de nouvelles ressources propres seront décisifs pour se projeter, estime Sylvain Broyer, chef économiste EMEA, S&P Global Ratings.
Sylvain Broyer, chef économiste EMEA, S&P Global Ratings
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Christine Lagarde aime à rappeler la résilience de l'économie européenne dans ses interventions. Serait-ce même là un euphémisme ? Malgré un environnement d’une rudesse exceptionnelle (conflit persistant à sa frontière orientale, relèvement brutal des droits de douane américains, envolée de l’euro, concurrence mondiale de plus en plus féroce), la zone euro a déjoué les scénarios les plus pessimistes.
Un roc dans la tempête ?
La croissance, jugée anémique par tous les observateurs (nous y compris), devrait finalement atteindre 1,4% en 2025, dépassant d’un demi-point les prévisions de début d’année et même le potentiel structurel de l'économie. Dans le même temps, le marché du travail a continué de surprendre par sa robustesse, avec un niveau d’emploi record atteint en Europe et un chômage en baisse dans la plupart des pays de la zone euro.
Cette accélération du cycle s’appuie sur des conditions financières exceptionnellement favorables. Le reflux des pressions inflationnistes a permis à la BCE de poursuivre la détente monétaire amorcée en 2024, améliorant les coûts de financement pour les entreprises comme pour les ménages. Les spreads de crédit contre swap se sont resserrés, ramenant les obligations d’entreprises à des niveaux proches de ceux observés avant la pandémie.
Sur les marchés actions, la prime de risque exigée pour les titres européens est tombée à son plus bas depuis l’avant‑crise financière de 2008, signe d’un regain de confiance des investisseurs, alors même que l’incertitude liée au commerce et aux politiques économiques testait de nouveaux sommets.
La résilience ne raconte toutefois qu’une partie de l’histoire européenne de 2025. L’autre mot clé est l’adaptation. Sur le front des politiques économiques, d’abord, l’année a marqué un tournant. Longtemps réticente à utiliser son large espace budgétaire, l’Allemagne a annoncé un plan de relance d’ampleur, qui, même s’il aura des effets limités sur le potentiel de l’économie outre-Rhin, va redéfinir son rôle de moteur de la demande en Europe pour la période 2026–2028. A Bruxelles, la Commission a commencé à ajuster sa copie, intégrant les conclusions du rapport Draghi sur la compétitivité et les contraintes économiques liées aux objectifs de transition verte.
Mais c’est surtout par l’investissement que l’économie européenne a surpris. Alors qu’il devait être la principale victime collatérale de la dégradation de l’environnement extérieur et du choc d’incertitude, l’investissement aura contribué pour un demi-point de PIB à la croissance en 2025, expliquant la totalité de l’écart entre réalisations de croissance en fin d’année et prévisions de croissance en début d’année. Si l’accélération de l’investissement public a joué un certain rôle dans les pays mobilisant encore les fonds de NextGenerationEU comme l’Italie ou l’Espagne, c’est surtout du côté des entreprises que le mouvement s’est révélé marquant, en particulier dans les équipements de technologies de l’information, les infrastructures numériques et les actifs de propriété intellectuelle.
Porté par le boom des infrastructures liées à l’intelligence artificielle initié aux États‑Unis, ce cycle d’investissement agit comme catalyseur bienvenu de modernisation du capital productif européen.
Se projeter pour peser
Forte d’une économie plus résiliente que prévu et de conditions financières encore accommodantes, l’Europe aborde 2026 avec un enjeu différent : non plus seulement résister et s’adapter, mais se projeter. Cette capacité de projection va se jouer en grande partie dans les négociations du prochain cadre financier pluriannuel de l’Union Européenne, qui doit être voté en 2027. Ce chantier testera la volonté des Etats membres de se doter d’un budget plus important, plus stratégique, et aligné sur les priorités fixées par l’agenda 2024–2029 du Conseil Européen: renforcer la compétitivité, soutenir l’investissement et réduire les dépendances critiques dans un environnement géopolitique plus fragmenté. La proposition budgétaire de la Commission, qui découle de cet agenda, concentre les dépenses sur des biens publics européens – infrastructures transfrontalières, défense, climat, innovation – et inclut l’idée d’un nouvel instrument inspiré de la Facilité pour la reprise et la résilience de NextGen EU, conçu pour soutenir la compétitivité au sens large.
Les débats à venir sur de nouvelles ressources propres pour l’UE, comme sur la place des enveloppes budgétaires historiques – au premier rang desquelles la politique agricole commune – diront jusqu’où les capitales européennes sont prêtes à aller pour mutualiser davantage les moyens financiers et les réorienter en faveur de la compétitivité, de la cohésion et de l’innovation. Cette séquence sera un indicateur clé du projet européen, et l’Europe jouera en 2026 une partie décisive.
Pour renforcer sa sécurité économique, l’Europe cherche à diversifier ses sources d’approvisionnement et à nouer de nouveaux partenariats. Elle doit notamment signer une alliance commerciale renouvelée avec le Mexique.
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