EDF mise sur l’expert indépendant pour tenir compte de l’indemnité réclamée à l’Etat
La balle est dans le camp de l’expert indépendant dans le dossier EDF. En réponse au courrier de Colette Neuville demandant à l’énergéticien de déposer en urgence un recours contentieuxen indemnisation, le PDG d’EDF, Jean-Bernard Lévy, a affirmé dans une lettre, consultée par L’Agefi, que la demande indemnitaire « est une étape préalable nécessaire à tout recours devant le juge administratif et il est usuel d’attendre une décision de l’Etat, explicite ou implicite, avant de saisir le juge administratif qui, en tout état de cause, ne se prononcerait pas avant de connaître la position de l’Etat ».
Dans un nouveau courrier, Colette Neuville rappelle que s’il est usuel « d’attendre la réponse de l’Etat, implicite ou explicite, pour introduire un contentieux, cela n’est pas une obligation », s’appuyant sur une décision du Conseil d’Etat du 27 mars 2019.
EDF ayant déposé le 9 août dernier une demande indemnitaire, « pour un montant estimé à date de 8,34 milliards d’euros » auprès de l’Etat, ce dernier doit répondre avant le 9 octobre, l’absence de réponse valant refus. En tout état de cause, l’offre de l’Etat sur EDF sera déposée avant cette date, et vraisemblablement cette semaine. « Vous prenez ainsi le risque que votre demande d’indemnisation ne soit pas prise en compte lors de l’examen de la conformité » de l’offre publique de retrait obligatoire (Opro), rétorque Colette Neuville à Jean-Bernard Lévy.
L’absence de contentieux ne lèse pas les minoritaires, selon EDF
Toutefois, cette demande indemnitaire non contentieuse « ne lèse […] en rien les intérêts de la société ou de ses parties prenantes, et notamment des actionnaires minoritaires », assure le PDG d’EDF. En effet, il ajoute qu’il « revient à l’expert indépendant de procéder à la valorisation de la société, y compris en tenant compte de l’impact éventuel des demandes formulées par EDF le 9 août. La société coopère naturellement avec l’expert pour lui permettre d’assurer sa mission ». En attendant, « je prends donc acte de vos affirmations tout en soulignant qu’elles engagent votre responsabilité, ainsi que celle du conseil de faire en sorte que le montant du préjudice estimé soit effectivement pris en compte par l’expert dans la valorisation de la société », poursuit Colette Neuville.
Le 27 juillet dernier, EDF a nommé, sur proposition du comité ad hoc, le cabinet Finexsi, représenté par Olivier Péronnet et Olivier Courau, en qualité d’expert indépendant. Au bout d’un mois, le rapport devrait être bientôt finalisé. Aussi, Jean-Bernard Lévy laisse sous-entendre que le préjudice a bien été pris en compte dans le calcul des experts… On imagine mal en effet que le patron de la cible fasse pression sur l’expert indépendant. Contacté par L’Agefi, Finexsi s’est refusé à tout commentaire. Il faudra donc attendre la réponse lors de la publication du rapport de l’expert indépendant dans le projet de note en réponse d’EDF, attendu courant septembre.
La jurisprudence intègre l’aléa positif dans le prix d’offre
En 2004, dans le dossier Grande Paroisse, l’évaluateur estimait que l’action ut singuli « pourrait avoir une incidence » sur la valorisation de la société, et que cette « incidence théorique est d’ores et déjà intégralement prise en compte dans le prix de l’offre » Le prix offert était en effet de 3,50 euros par action, alors que l’actif net réévalué n'était que de 0,14 euro par action et les multiples boursiers de 0,15 euro. En 2017, dans le dossier EuroDisney, l’expert indépendant avait pris en compte « l’aléa positif » pouvant résulter de l’action ut singuli engagée par le fonds activiste Ciam, réclamant 930 millions d’euros devant les tribunaux. Soit 0,99 euro par action. Le prix d’offre de 2 euros par action « intègre implicitement la réalisation des aléas positifs à des niveaux de probabilité et de valeur très élevés, ce qui nous paraît favorable aux actionnaires minoritaires et ne remet pas en cause, selon nous, le prix d’offre […], y compris en cas de retrait obligatoire », concluait alors l’expert indépendant. En effet, ce dernier accordait au mieux 0,28 euro par action sur le critère des cash-flows actualisés (DCF) et 0,27 euro en se basant sur les comparables boursiers. Tous les espoirs sont donc permis dans le dossier EDF.
Plus d'articles du même thème
-
Les foncières Argan et WDP fusionnent pour créer un spécialiste européen de la logistique
L'opération amicale prend la forme d'un échange de titres. Les actionnaires d'Argan toucheront un dividende exceptionnel et WDP devrait rejoindre la Bourse de Paris. Le nouvel ensemble affichera près de 13 milliards d'euros de patrimoine. -
L’AMF aura le dernier mot dans le dossier Gaumont
L’expert indépendant vient de donner son attestation d’équité sur le prix de l’offre publique de retrait à 100 euros par action, bien en deçà des attentes des minoritaires. Le visa du régulateur est attendu le 23 septembre. -
Mubadala Capital est prêt à lancer son offre sur Pierre et Vacances
La filiale du fonds souverain d’Abou Dhabi vient de lever une des conditions de l’opération en obtenant des engagements d’apport dépassant 80,13% du capital. Les deux partenaires ont signé un accord de rapprochement.
ETF à la Une
Amundi met en place deux ETF sur les puces mémoire et les centres de données
- La BFI de Bred Banque Populaire veut tout avoir d’une grande
- Tiré par sa banque d'investissement, BNP Paribas annonce des profits en forte hausse
- Les marchés se préparent à un discours ferme de la BCE
- Les taux français à 10 ans passent la barre des 4%
- Olivier Gavalda succède à Daniel Baal à la Fédération bancaire française
Contenu de nos partenaires
-
Cocktail explosifMégafeux : pourquoi ce n'est que le début
« Orage de feu » jamais vu, record d'évacuations, trentaine de foyers actifs simultanément : ce pire épisode d'incendies que le pays ait connu depuis 1949 illustre ce que les climatologues annoncent depuis des années -
EditorialCanicules, mégafeux : l'impasse de l'infantilisation citoyenne
Il est temps de changer de paradigme. Le précautionnisme a vécu. Pratiquée par tous nos dirigeants, cette religion de la protection absolue – « quoi qu'il en coûte » – sonne de plus en plus comme une promesse creuse -
BatailleA400M, bulldozers, sapeurs : la mobilisation maximale des militaires face aux feux
Les armées fournissent matériels et personnels face aux incendies, en plus d’une brigade dédiée à la sécurité civile. Et fait monter en puissance ses dispositifs