Donald Trump franchit un palier risqué en matière de protectionnisme
Alors qu’il s’était jusqu’ici contenté de mesures symboliques en taxant notamment les lave-linge sud-coréens, Donald Trump vient de passer à la vitesse supérieure dans le dossier des barrières tarifaires. Le président américain a annoncé hier que les Etats-Unis imposeraient la semaine prochaine des droits de douane de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium afin de défendre une industrie sidérurgique américaine «décimée par des décennies de commerce inéquitable».
Ces mesures pourraient viser en particulier le Canada qui représente 16% des importations américaines d’acier, le Brésil (13%), la Corée du Sud (12%), le Mexique ou la Russie (9%). «Je les promulguerai la semaine prochaine», a affirmé le président américain lors d’une rencontre avec des producteurs d’acier et d’aluminium américains. «Et elles seront appliquées pour longtemps», a-t-il souligné.
L’annonce a fait grimper les actions des entreprises du secteur sidérurgique américain, telles AK Steel, US Steel et Nucor, mais la Bourse new-yorkaise a globalement mal réagi en raison des inquiétudes sur un renchérissement des coûts pour le reste de l’industrie américaine. L’indice S&P 500 a ainsi clôturé en repli de 1,33%.
L’administration Trump affirme que cette mesure répond à une promesse de campagne du président de défendre l’emploi aux Etats-Unis. «Etant donné les progrès majeurs effectués au cours des 50 dernières années en matière de productivité et de technologie dans les secteurs miniers et métallurgiques, il est peu probable que l’emploi augmente significativement, même avec une hausse de la production», jugent les économistes de Natixis. Cette décision a été critiquée jusque dans les rangs républicains. «Chaque fois que vous faites une chose pareille, vous subissez des représailles. L’agriculture est la cible numéro un. Je pense que c’est terriblement contre-productif pour l'économie agricole», a réagi Pat Roberts, président de la commission de l’Agriculture au Sénat.
La Chine a déjà menacé de réduire ses importations de soja américain. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a de son côté «vivement regretté» une «ingérence flagrante» destinée selon lui à protéger l’industrie domestique américaine sans justification réelle liée à la sécurité nationale, autre argument avancé par Donald Trump. Bruxelles réfléchira aussi à des mesures pour répliquer aux droits de douane sur l’acier.
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