De l’eau dans le gaz pour l’économie mondiale
« La Russie est incroyablement peu importante pour l’économie mondiale, excepté pour le pétrole et le gaz : c’est en fait une grande station-service. » Jason Furman, économiste à Harvard et ancien conseiller à la Maison-Blanche, a livré, le 22 février au New York Times, cette fine analyse de la situation en Ukraine, avec un tropisme très américain. Depuis que la menace d’une guerre avec Moscou plane sur les marchés, les analystes font tourner leurs modèles et en arrivent aux mêmes conclusions : l’impact direct d’une crise sur les entreprises exposées aux marchés russe et ukrainien serait limité, la baisse des Bourses intègre déjà largement ces effets négatifs.
Si la Russie n’est qu’une station-service, c’est malheureusement à sa pompe que bon nombre d’économies européennes, Allemagne en tête, vont faire le plein. Le pays exporte aussi des métaux essentiels à l’industrie, comme le palladium, ou du blé, de même que l’Ukraine. On ignore encore la nature des sanctions que prendra l’Occident à l’encontre de Vladimir Poutine et de son entourage, mais l’histoire est connue. Lorsque les Etats-Unis avaient sévi en 2018 contre quelques grands producteurs russes d’aluminium, les prix avaient aussitôt flambé.
La crise géopolitique, qui a dégénéré ce 24 février en conflit militaire, remet donc de l’incertitude et des pressions inflationnistes dans des économies qui n’en avaient pas besoin. Elle survient au moment même où chefs d’entreprises et consommateurs pouvaient croire à un retour à la normale sur le front sanitaire. Avec un baril de pétrole à 100 dollars et des tensions à venir sur un large éventail de matières premières, les prix devraient rester orientés résolument à la hausse dans les prochains mois. De quoi compliquer encore la tâche des grandes banques centrales, qui ont engagé en ce début d’année un tournant monétaire. Les investisseurs ont beau parier, ces derniers jours, sur un rythme moins agressif de hausses de taux en raison de ces turbulences, la Réserve fédérale américaine comme la Banque centrale européenne savent qu’elles ne pourront différer plus longtemps le nécessaire retrait de leur politique accommodante.
Dans ces conditions, on voit mal comment les indices du climat des affaires pourraient rester au beau fixe. La balance des risques est négative, et le ralentissement économique attendu cette année aux Etats-Unis et en zone euro a des raisons de s’accentuer. Cela, avant même une éventuelle riposte militaire en Ukraine, ou son équivalent financier, qui consisterait à couper le système bancaire russe des transferts internationaux en dollars. Deux hypothèses qui, pour l’économie mondiale, seraient aussi inflammables que le pétrole et le gaz russes.
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