Bruxelles ouvre le débat sur l’abandon de l’unanimité pour la fiscalité
La Commission européenne veut en finir avec la règle de l’unanimité sur les sujets fiscaux, éreintée par l’échec successif des initiatives européennes à passer l’étape du Conseil. Pierre Moscovici, le Commissaire européen en charge des affaires économiques et monétaires et de la fiscalité, doit présenter aujourd’hui la proposition de la Commission, qui se veut «réaliste et progressive», privilégiant la «pédagogie», en écartant d’emblée un «grand soir de la majorité qualifiée» qui risquerait d’être perçu comme une «provocation». La proposition de la Commission, notamment soutenue par la France, a toutefois de fortes chances de rester lettre morte face à l’opposition de pays ayant bâti leur prospérité sur une fiscalité avantageuse, le passage à la majorité qualifiée nécessitant un vote à l’unanimité.
«Nous sommes dans une situation paradoxale», a expliqué Pierre Moscovici hier à Paris, lors de la présentation de ses vœux à la presse. La Commission sortante est parvenue à faire adopter 14 directives contre l’optimisation et l’évasion fiscale, soit «plus en quatre ans qu’au cours des vingt années précédentes», a-t-il souligné, mais elle n’a pu faire aboutir aucune des sept initiatives «structurantes» qu’elle a portées sur la fiscalité, de la taxation des géants du numérique à l’assiette commune pour l’impôt sur les sociétés en passant par la taxe sur les transactions financières. Bruxelles souhaite ainsi faire prendre conscience que «l’unanimité n’est plus un rempart mais un obstacle» notamment face à l’optimisation fiscale agressive des entreprises.
Pour convaincre les Etats membres les plus récalcitrants, à l’instar de Malte ou de l’Irlande, dont le gouvernement a déjà fait part de son hostilité à l’initiative, la Commission proposera de passer à la majorité qualifiée - à savoir 60% des Etats représentant au moins 50% de la population de l’Union - pour certains sujets fiscaux seulement. L’harmonisation des taux n’est quant à elle pas à l’ordre du jour, a assuré le commissaire européen.
A défaut de faire bouger les lignes à quelques mois des élections européennes et du renouvellement de la Commission, l’exécutif sortant veut mettre à profit les «quelques mois de temps utile» qui lui reste pour «mettre le pied dans la porte» et «acclimater les Etats membres à l’idée que l’unanimité n’est pas forcément nécessaire», a conclu Pierre Moscovici.
Plus d'articles du même thème
-
La France est rappelée à l’ordre par l’Union européenne
Le paquet de printemps du Semestre européen 2026 met la France en face de réalités difficiles et formule des recommandations pour améliorer sa compétitivité et retrouver la maîtrise de ses finances publiques. -
Mécénat culturel, en avant la musique
La musique, suivie des arts visuels et du théâtre, constituent les premiers postes de mécénat culturel en France. Un engagement par définition désintéressé, mais qui peut se révéler très gratifiant s’il est mené dans les règles de l’art. -
Le testament solidaire gagne du terrain dans le financement des associations
Face à la vague de transmissions de patrimoine qui s'annonce, les associations voient dans les successions une nouvelle ressource pour diversifier leurs financements.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF confirme son rebond en mai
- Chez Ardian, une succession au long cours qui n’ose pas dire son nom
- TotalEnergies pourrait doublement profiter de la guerre au Moyen-Orient
- Atalian s’apprête à passer sous le contrôle de ses créanciers
- Avec BMW, Airbus et EDF, Mistral AI se déploie dans l’ingénierie industrielle
- Le Crédit Mutuel vante la banque à réseau pour concéder l'inévitable passage au digital
Contenu de nos partenaires
-
GendarmeLa Russie met ses relations avec l'Afghanistan sur de bons rails
Moscou et Kaboul ont conclu un accord de coopération militaire qui confirme la volonté russe de contenir l'influence occidentale dans la région -
BankablePrésidentielle : à gauche, un fantasme nommé Laurent Berger
Très sollicité par les politiques pour s'impliquer dans la campagne présidentielle, l'ancien leader de la CFDT reste mutique. A ce stade, il ne veut pas être candidat. Mais rien n'est tranché -
Présidentielle 2027 : Raphaël Glucksmann ne veut pas d'une double primaire
Sur franceinfo, jeudi 4 juin, Raphaël Glucksmann a rejeté l'idée d'une double primaire proposée par Olivier Faure. Le leader de Place publique a critiqué un « processus interminable que personne ne comprend et qui donne le tournis à l'ensemble des sympathisants socialistes »